Étiquette : Sauvetage militaire

  • Anecdote 2

    Anecdote 2

    Base de Gao (Mali), 18 Février 2015, 9h15.


    — « Il… il existe ? »
    Le caporal Dubois peine à soutenir le regard des officiers. Ses mains tremblent légèrement. La douleur de sa tempe le rappelle à chaque instant. Le bandage lui semble trop serré. Ses yeux sont cernés : la nuit passée, malgré qu’elle fut courte, n’a été qu’une suite de cauchemars.
    — « On sait. Ce n’est pas qu’une rumeur de popote, caporal. » répond calmement le colonel de Saint-Clair, de la DRM, bras croisés, voix grave.
    — « Remerciez le Président. C’est lui qui a autorisé son intervention.»

    Le colonel Desmoulin, chef de régiment du 21e RIMa, se penche en avant, le visage fermé.
    — « Reprenez depuis le début, soldat. Nous voulons savoir comment trois des nôtres sont morts et d’autres ont été amputés. Pas d’omission. »
    Dans le silence pesant de la tente, on entend au loin un NH90 redécoller. Dubois déglutit, reprend son souffle, et commence à raconter.

    *****

    La colonne FENNEC – la veille, 14h20


    Trois véhicules roulent vers le nord. Progression lente, formation serrée. La piste, couleur de terre jaune, est défoncée, parfois effacée par des langues de sable. L’ascension se poursuit au milieu de pierres sombres et de quelques buissons épineux.
    À gauche, une large bande de cailloux gris noir, ponctuée de plaques de sable ocre. Au-delà, la vue s’ouvre sur une plaine lointaine, presque irréelle.
    À droite, la bordure est plus étroite. La piste longe le flanc rocheux d’une pente montagneuse, formée de blocs irréguliers et d’escarpements.

    *****

    En tête, un VBL (Véhicule Blindé Léger), silhouette basse et nerveuse. À l’intérieur : le chef de bord et le pilote, visages tendus, écouteurs vissés sur les oreilles.
    — « Quelle idée farfelue est passée par leurs putains de tête, Je voudrais bien les voir ces idiots d’officiers. C’est pas eux qui sont sur cette putain de route ! » le lieutenant Armand Lemaire, 34 ans, saint cyrien, ancien d’Afghanistan, laisse éclater sa colère, à l’intercom.
    — « Il y a une grosse opération, et on nous envoie en mission sans renfort dans cette Chienlit !! »
    Son pilote, le caporal Julien Marchand, 24 ans, passionné de mécanique et de course automobile, suit le lieutenant depuis 4 ans, cherche à se concentrer sur la conduite du véhicule.

    Derrière, un VAB (Véhicule de l’Avant Blindé) cahote, lourd de ses dix occupants. Dans la tourelle téléopérée, la 12,7 mm brille sous le soleil. En trappes arrières, trois hommes scrutent les horizons.
    Les hommes rient en écoutant le lieutenant pester à la radio.
    — « Il a raison, le vieux » dit le sergent Thomas Perrin, 36 ans, chef de groupe, ancien d’Afrique centrale, Afghanistan. Lui, il sait, il a ce mauvais pressentiment.
    En face de lui, son Radio, Malik Benali, 21 ans, malin et vif. Autrement, dans la caisse, il y a l’équipe 300, le Caporal Rémi Gauthier, 28 ans et ses deux “sales gosses” qu’il affectionne tant : Karim Bensaïd, 23 ans et son acolyte Aimé Koffi, 25 ans, venant d’un quartier de Mulhouse. Deux bons militaires, servants de lance- roquettes AT4. Enfin, l’équipe 600, en trappes arrières, le caporal Nicolas Faure, 30 ans, dit “L’horloger”, à cause de sa manie du réglage des armes. Il a sous son commandement, deux frères, venant des Vosges, Lucas (27 ans) et Adrien (20 ans) Martin, chasseurs par tradition familiale, très bon tireurs, savent manier leur Fr-F2.
    A l’avant du VAB, au volant, le soldat Vincent Morel, inquiet de la situation. Le caporal Dubois, 24 ans, surveille les alentours.

    En queue de convoi, l’ARAVIS du génie ferme la marche, imposant, bardé d’antennes anti-IED.
    Le caporal Marc Delorme, 29 ans, conduit le blindé. A côté de lui, le caporal-chef Jean-Luc Roussel, 40 ans, proche de la retraite.
    A l’arrière du blindé, le sergent-chef Xavier Dubreuil, 33 ans. Les soldats Kader Belkacem, 22 ans, Stéphane Olivier, 24 ans et Thierry Roux, 26 ans.
    La poussière se soulève au passage des véhicules. Le désert est calme, presque trop calme.

    *****

    Soudain, une explosion sèche. Le souffle renverse le VBL sur le flanc gauche dans un nuage de sable et de fumée noire.

    — « CONTACT ! » hurle le chef de groupe du VAB en déclenchant sa radio.
    Le VAB freine brusquement pour éviter la collision avec l’épave du VBL. Mord la bordure de droite et le véhicule s’enlise. L’ARAVIS s’arrête net à quelques mètres derrière, sa mitrailleuse se met à crépiter.
    Des silhouettes surgissent des rochers. Rafales de PKM et d’AK47, RPG sifflants. La colonne est prise sous le feu.

    Le chef de bord du VAB, le caporal Dubois écrase son bouton radio :
    — « Contact ! A tous les équipages, débarquer ! Face à droite, ennemis venant de la montagne. »
    Le sergent Perrin saisit son Talkie et parle :
    — « Xav’ ! Fait en sorte que ta Browning couvre notre sortie. On se rejoint derrière les blindés. »
    Il entend la réponse du Sergent-chef Xavier Dubreuil :
    — « Ok ! On doit aller voir le VBL
    Puis dans les hauts parleurs du VAB, la voix de Dubreuil annonce :
    — « GAO, ici FENNEC-2, unité sous le feu. VBL hors de combat, impossible de connaître le statut de l’équipage ! Parlez »
    Les balles claquent sur le blindage du VAB, une vitre est endommagée par un tir. Les soldats se préparent au débarquement. L’équipe en trappe ouvre le feu.
    — « FENNEC-2, ici GAO. Renfort terrestre en route, délai quatre heures. Tenez la position. Appui TIGRE en approche, douze minutes. Demande d’appui aérien transmise à N’Djamena, deux Rafale en vol. Reçu ? Parlez »
    — « Reçu, GAO. Fennec-2, on tient. Terminé »
    Lâche le sergent-Chef.

    *****

    Le tireur du VAB arrose les rochers d’une longue rafale, fauchant deux silhouettes qui tentaient de se rapprocher. L’équipe VAB débarque sous le feu ennemi.
    Le jeune Adrien Martin, en trappe arrière droite, annonce :
    — « tireurs RPG, deux cent mètres dans cette direction. »
    Le caporal Gauthier, au moment de sortir, observa brièvement la direction du groupe de RPG, montre à Karim la cible.
    — « AT4, feu ! »
    Le première classe saisit son lance roquette, vise, tire. L’engin explosif atteint le rocher où se trouve la cible désignée. L’explosion balaye les rebelles. Karim s’apprête à jeter le lanceur, mais Lucas s’en saisit pour le poser au sol, dépose sa musette et se couche derrière pour se protéger.
    — « Derrière le rocher, dans cette direction, 280 mètres, groupe de combat, 5 hommes. »
    Gauthier, montre à Karim qui s’équipe d’un nouveau lanceur.
    — « AT4, feu »
    La roquette vole vers la cible et tombe à côté, l’explosion ne semble toucher personne. Le sergent, la radio, “l’horloger”, Aimé et deux AT4 sortent du véhicule et se mettent à l’abri du VAB. Gauthier chope le lanceur usé de Karim, le pose à côté de celui où se cache Lucas et utilise lui aussi sa musette comme abri. Il se couche et commence à ouvrir le feu avec son FAMAS.

    Pendant ce temps, dans l’ARAVIS, le caporal-chef Roussel crie :
    — « Positionnez vous à gauche du blindé, ennemi à droite ! Débarquez ! »
    L’équipe du génie sort du véhicule par la porte de gauche, Le soldat Roux se positionne à l’arrière du blindé, prêt à faire feu.
    La mitrailleuse de 12,7 martèlent l’horizon. Des colonnes de sable s’élèvent sous l’impact des balles.

    Un RPG explose à un mètre de l’arrière du VAB, projetant un soldat sur le flanc.
    — « Où est-ce que tu es touché ? » hurle le soldat Aimé Koffi en traînant son camarade vers l’arrière du VAB.
    Le soldat Karim Bensaïd est blessé au bras par un éclat. Koffi donne les premiers soins à son camarade.

    Un tireur rebelle sort de son abri et vise avec son RPG, Lucas l’abat aussitôt, mais un autre vise et tire. Le projectile explose près du caporal Gauthier. Adrien quitte son poste et rejoint son frère. Les deux tireurs de précision, les frères Martin, se portent au secours du caporal. Ses blessures sont graves. Le sergent Perrin, en voyant celles ci, pris la radio :
    — « GAO, ici FENNEC-2, J’ai pour le moment deux blessés ! Un grave et un léger ! Demande Evasan ! Reçu, parlez. »
    — « FENNEC-2, ici GAO, reçu ! Pouvez vous établir une DZ ? Parlez. »
    Le sergent Perrin soupir :
    — « Impossible GAO. Il n’y a pas de zone sécurisable. On a besoin de plus de renfort. Parlez »
    — « Reçu… »
    La situation dégénère. Les explosions de mortiers et de RPG empêchent le sergent d’entendre la réponse.
    — « Répétez GAO. Parlez. »
    — « Je répète, reçu. Alouette annonce arrivée estimée à cinq minutes, à vous, parlez. ”
    — « Ici, FENNEC-2. Reçu, Terminé. »

    Le sergent Perrin rampe sur le sol, pour rejoindre les Frères Martin.
    — « Comment va Gauthier ? »
    — « Pas bien, sergent. »
    — « Bon, reprit le sergent Perrin. Adrien, peux-tu te glisser jusqu’au VBL ? Je veux connaître le statut de l’équipage. Et, annonce moi une bonne nouvelle, s’il te plait . »
    Une bonne nouvelle serait la bienvenue. Il en a besoin, et il pense que le groupe en a besoin aussi.
    — « A vos ordres sergent. »

    *****

    Adrien Martin fonce jusqu’à l’avant du VAB. Morel est descendu du poste de pilotage et use de son FAMAS, à l’abri du VAB. L’horloger rattrappe Adrien et avec un sourire, il dit :
    — « Je te couvre, petit. »
    Petit, il n’est pas si petit que ça ! Il est même plus grand que le caporal, se dit Adrien.
    Adrien regarde dans la direction du VBL couché sur son flanc gauche, les trappes du toit ouvertes. il aperçoit un casque. Il prend son courage à deux mains et s’élance. Les balles ennemies claquent. L’horloger se met à découvert pour user de son arme et couvrir le sniper. Adrien est derrière le VBL. Il passe sa tête par les trappes, et examine les deux hommes. Il se retourne vers le sergent, il fait un geste de la main pour signaler pas terrible.

    Soudain, un groupe de rebelles traverse la route pour encercler le convoi.Un bruit familier caractéristique d’un hélicoptère fend l’air. Deux TIGRE sortent de la vallée, comme ci, ils sortaient de terre.
    — « FENNEC ! Ici, ALOUETTE, en vue, PAX en mouvement, Nord de votre position, on traite, planquez vous. » annonce une voix à la radio.
    Les TIGRE crachent une pluie de 30 mm, labourant les positions ennemies qui tentent l’encerclement. Les rebelles se replient.
    — « FENNEC ! Nous sommes à court de balles et de carburant. On sort d’opération et nous ne pouvons pas faire mieux. Nous rentrons ! Gao annonce l’arrivée sous peu de “PANTHÈRE”, ”PIRATE” et deux équipes FS. Estimation 10 minutes. Terminé ! »
    — « Reçu, terminé »

    Le sergent Perrin sent le désespoir l’envahir. Il touche Benali pour qu’il le suive de l’autre côté du VBL. Sous les tirs ennemis, le sergent et son radio bondissent jusqu’au véhicule. Ils peuvent entendre les gémissements du lieutenant et son pilote. A l’aide de l’intercom, il appelle le sergent-chef Dubreuil.
    — « Xav’ peux tu envoyer des hommes pour sortir Armand et Marchand ? »
    — « J’arrive avec deux gars ! A tout de suite. »
    Le sergent-chef, les soldats Kader et Olivier foncent vers le VAB, puis vers le VBL. Avec précaution, ils extraient les occupants du VBL, ils donnent les premiers soins.
    — « Xav’, nous devons emmener les blessés dans l’ARAVIS. Et il dégage pour rejoindre le convoi terrestre. »
    — « OK, d’ac ! Faut peut pas rester là ! Le sniper en couverture, poste toi à l’arrière du VBL. Toi, en désignant Koffi, va à l’avant. Les autres en route. »

    Chaque blessé est porté par deux hommes, les bonds vers le VAB se font sans accroc. La radio crache un nouveau message :
    — « Ici, AIGLE-1, FENNEC-2, 1 kilomètre, au sud de votre position, un convoi de véhicules fonce vers vous. Possibilité de faire un seul passage. Bien pris. »
    — « AIGLE-1, ici FENNEC-2, annonce le sergent Perrin, reçu. Feu à volonté. »
    Les deux RAFALE virent et se mettent en position de bombardement, lâchent leurs bombes. La colonne rebelle est prise dans les flammes des explosions.
    — « FENNEC-2, ici AIGLE-1, annonce plusieurs véhicules détruits, deux encore en mouvement. Désolé les gars, on est à court de carburant, nous décrochons. Bien pris. »
    — « AIGLE-1, ici FENNEC-2 reçu. Merci les mecs. Terminé »
    — « Fais chié ! Xav’, on devrait positionner l’ARAVIS pour nous protéger des véhicules rebelles. S’il part seul, les gars sont foutu ! T’en penses quoi ? »
    — « T’as raison. Je vais transmettre à l’équipe… »

    A l’arrière du VAB, Lucas tire coup sur coup, il veut prendre les musettes abandonnées. Il se relève, cours, attrape le premier sac, le jette vers le blindé, prend l’autre par une bretelle et retourne à l’abri dans le VAB. Les balles tapent tout autour de lui. Il ouvre les sacs et sort munitions et matériel de soin. Le véhicule est secoué brutalement.

    Le souffle d’une explosion de mortier balaye les hommes derrière le VAB. Les deux sergents, le lieutenant, son pilote et le radio Benali gisent au sol, Kader est assis à genoux le visage en sang, tandis qu’Olivier est accroché à l’arrière du véhicule. Pour ne pas arranger les choses, un RPG chanceux frappe la caisse avant de l’ARAVIS. Les hurlements de douleurs du caporal-chef Roussel interpellent Delorme et Roux qui défendent l’extérieur du véhicule. Les deux hommes extraient leur camarade de l’habitacle. La malchance poursuit son œuvre. Le caporal Dubois cri :
    — « Putain de putain, fait chié. Je suis à court de munitions, je ne pourrais pas recharger sans couverture. »
    Il quitte son poste et sort du côté du poste de pilotage du VAB.

    *****

    A peine sorti du blindé, le caporal Dubois est surpris par l’odeur de poudre et de poussière. Le gémissement des blessés et les paroles de ceux qui les soignent. Le premier homme qu’il voit c’est Karim adossé dos au VAB, le bras en sang. A sa gauche, le caporal Gauthier assis, couvert de poussière et de sang, inanimé.
    — « C’est la hess !? » dit Karim
    — « Tu peux tirer ? » répond Dubois
    — « Oui, je peux faire ça. »
    — « Va à l’avant du VAB, descend le premier qui approche ! »
    Puis se tourne vers le VBL, voit Adrien et Aimé assuré la protection.
    — « Adrien ! Aimé ! Tenez votre position ! Visez pour tirer »
    Ensuite, Dubois se retourne et il est pris de panique, se fige un instant. Le sol est parsemé de morceaux de pneu du VAB, de motte de terre et ses compagnons, certains gisant au sol et d’autres leurs portant secours.
    Beaucoup de blessés ou pire, peu d’hommes pour les aider. Il rejoint Lucas, Morel et l’horloger.
    Un à un, les blessés sont mis à l’abri, reçoivent les premiers secours. Du côté de l’ARAVIS,
    Delorme repris sa position à l’arrière du véhicule et abat un rebelle trop près. Roux lui s’occupe de Roussel.

    — « Caporal ! On va être à court de soins et de munitions. » crie l’horloger.
    — « Bon, à tous, on doit tenir, récupérer les munitions ! Visez bien, il faut économiser ! »
    Les minutes s’étirent. Les chargeurs se vident. Les hommes comptent leurs balles. Une nouvelle explosion près du VAB, secoue les hommes débarqués. La radio crépite :
    — « FENNEC-2, ici GAO, par ordre du président, la cellule “OMBRE” est activée. Renfort sous peu. reçu, parlez. »
    Des explosions se font entendre venant du sud.
    — « FENNEC-2, ici PANTHÈRE, en compagnie de PIRATE et des FS, en approche. Destruction de trois véhicules. Reçu, parlez. »
    Personne ne bouge .Pas de réponse.
    — « GAO, ici PANTHÈRE, FENNEC ne répond plus. reçu, parlez »

    *****

    Les 2 TIGRE de l’équipe PANTHÈRE, leurs silhouettes grises et filiformes glissent dans le ciel. Ils saturent l’espace de la zone présumée des rebelles avec leurs roquettes. Les insurgés se terrent derrière les gros rochers.
    Venant du nord, croisant les deux TIGRE, un hélicoptère CARACAL, carlingue gris-bleu, pose ses roues sur la piste. A sa gauche, La mitrailleuse de sabord crache en direction des rebelles. Cinq hommes débarquent par le côté droit et courent vers le convoi. Un sixième homme se rue vers l’ennemi retranché.
    Remplaçant les hélicoptères de combat, survolant la colonne, un hélicoptère PUMA se fixe en mode stationnaire, équipé d’un canon de 20 mm, communément appelé PUMA PIRATE, arrose la zone, afin de protéger le CARACAL. Les douilles tombent de l’engin vert et aux motifs brun et noir, sur les casques et épaules des hommes au sol. L’hélicoptère gris bleu prend son envol et quitte la zone. Une fois hors de danger, il est rejoint par le PUMA PIRATE.
    Les TIGRE, revenant du nord, remplacent les deux autres appareils volants, usant, cette fois-ci, de leurs canons de 30 millimètres. Ce terrifiant ballet aérien, brutal et saturé de feu, a pour effet de forcer l’ennemi à se cacher, donnant du répit aux soldats français.

    *****

    Le groupe de cinq hommes rejoint le VAB en contournant le VBL. Dubois voit un homme venir vers lui, sa tempe lui fait mal, il saigne.
    — « Je suis le médecin-colonel Delmas, bougez pas, vous êtes blessé. Taz, Ghost, Bear et Fox, sécurisez les lieux. »
    — « GAO, ici OMBRE, radio de FENNEC hs. La colonne est au tas. Reprise du commandement. Terminé. »
    — « OMBRE, ici GAO, reçu. Les FS s’occuperont de l’évacuation. Renforts terrestres arrivés estimés à 3 heures. Terminé. »
    Dubois se remet du choc, et dit à Delmas
    — « Colonel, je veux continuer le combat ! Pas question de rester derrière ! »
    — « Je te comprends mon garçon, ta blessure n’est pas si grave, je te met un pansement et tu y vas ! »
    Delmas enserre la tête de Dubois avec un bandage et aide le caporal à se relever. Il titube mais reprend son équilibre. Ses mains tremblent. Difficilement, il recharge un chargeur.
    Dubois rejoint Karim à l’avant du VAB. Ils sont témoins d’une scène irréaliste.
    Du côté des rebelles, un homme, recouvert de camouflage désertique, amas de tissus et de feuilles, au mélange de couleur jaune sable et brun, un FAMAS dans les mains, ouvre le feu. Un rebelle tombe. Un deuxième. Puis, un troisième. Un cri se fait entendre :
    — « Adu ! Adu ! [ombre du désert] Shaytān [Démon] ! »
    — « Adu Shaytān ! Adu Shaytān ! » repris le groupe rebelle. La panique gagne le camp ennemi. Les insurgés fuient vers les montagnes. Un rebelle tombe, puis un autre.
    Les TIGRE et le PUMA PIRATE apportent leurs contributions de mort, dans ce massacre macabre.
    Dubois remarque, l’homme toujours debout, sautant de position en position, abat ennemi après ennemi, comme si ses yeux et son arme étaient reliés par magie.
    Un tir, un mort.
    Les pâles d’hélicoptère soulèvent les cailloux et la poussière, Dubois tourne la tête, un NH90 figé dans le vide, portent ouvertes, des hommes armés sautent et courent vers eux, enfin les FS, ça doit être le 1er RPIMa. L’appareil s’envola et laissa la place à son homologue. Un autre groupe s’extrait de l’engin figé, lui aussi, au-dessus du vide. C’est le 13e RDP !
    Delmas prend contact, Dubois entend la triste nouvelle :

    • Le lieutenant Lemaire, un si bon chef !
    • le sergent Perrin, un bon copain !
    • Malik, ses blagues et sa bonne humeur !

    Tous venaient d’être déclarés morts au combat !
    Dubois n’entend plus, les explosions, les tirs, l’ordre d’évacuer les blessés graves. Un homme lui crie :
    — « En avant caporal ! »
    Un membre des forces spéciales lui ordonne de reprendre le combat.
    — « Sergent chef Bailly du 13 ! Tu veux reprendre le combat, alors en avant ! »
    Bailly est petit mais très robuste, avec une ossature large et une carrure musclée, le visage fermé, taillé à la serpe. On devine qu’il a passé trop d’années en guerres.
    Dubois se ressaisit. Récupère les munitions que le sergent-chef lui donne et monte à l’assaut, il ne voit plus, même le reste de son équipe qui le suivent. Il avance tel une machine. Sa tête le fait souffrir. Une main le soutient, il regarde c’est Karim et derrière, il voit les frères Martin. Il reprend vie, il avance vers la crète. Les deux snipers l’ont dépassé et couvrent la progression. Bailly les suit.

    Arrivé en haut de la crête, Dubois voit cet homme, accroupi derrière un gros rocher, il observe. Son camouflage le rend presque invisible. Un groupe de combat arrive et vont rejoindre le tueur solitaire. C’est la cellule OMBRE, annoncée par la radio.
    Dubois se retourne et voit l’hélicoptère NH90 prendre son envol, il y a certainement ses camarades blessés. Une vague de froid lui parcourt son dos. “l’horloger” arrive avec le reste du groupe. Aimé Koffi et Morel du groupe VAB. Delorme et Roux du groupe génie.
    Les équipes des forces spéciales arrivent et se positionnent prêt à bondir. Dubois réfléchi, il positionne chaque membre de son groupe.
    — « Nico (“l’horloger”), tes snipers là bas en couverture » Dubois désigne un piton rocheux qui surplombe la crête.
    — « Les autres avec moi, une fois les snipers en position, on fonce dans le tas ! »
    Les snipers en place, le groupe des rescapés sort de son couvert… Mais, les hommes de la cellule OMBRE font signe à tous les groupes : Fin du combat !

    *****

    Assis sur une grosse pierre, Dubois se touche la tempe, le sang sur sa main lui rappelle les mauvais souvenirs de sa vie. Son groupe a ouvert des boîtes de ration. Les forces spéciales leur ont donné l’ordre de se reposer. Les rescapés n’auraient pas été plus loin, ils sont au bout de leur capacité. La fatigue a pris sa place. Celle qui lui revenait de droit, assise sur des hommes vidés.
    Il est temps ! Ils ne sont que des hommes, eux, se dit Dubois quand il regarde ce démon du désert.

    Bailly vient tenir au courant le groupe, une cinquantaine de rebelles tués !
    — « ça pas dû être facile, eux ici, vous en bas »
    Le sergent-chef Bailly regarde le VBL, les renforts s’acharnent pour le remettre sur ses quatres roues et le VAB vient de partir sur trois roues, remorqué par un TRM 10000.
    — « Le plus dûr c’est de ne rien faire. Personne n’a compris cette mission. Bâclé depuis le départ. Mais, quel idiot nous a amené là ? »
    Dubois parle de manière laconique, l’air hagard. Il cherche quelque chose, quelqu’un ?
    L’hélicoptère CARACAL approche.
    — « Rien à dire ! Pas de coupable ! C’est officiel ! »
    L’appareil touche le sol, la porte latérale s’ouvre. La cellule OMBRE grimpent à bord, le démon, cet homme, lui, est le dernier à quitter cette crête maudite.
    L’engin prend de l’altitude et s’éloigne.
    Dubois se demande si une autre unité attend son tour pour être secouru !
    Sur la piste, le VBL part sur le plateau d’un camion.
    Un autre bâché attend les rescapés pour les ramener à la base. Les emmener loin de cet endroit maudit !
    Loin de…

    NIGHTWISH


    Fin de l’anecdote “Existe…”


    Cette histoire est une fiction inspirée de contextes réels.
    Elle a été imaginée et rédigée par Raulgarth, avec l’appui de Sergent-Chef Marcel1 pour la correction, la documentation et la réflexion narrative.



    A suivre :

    Retour à :



    Histoires Annexes :



    1. ChatGPT de OpenAI ↩︎

    Base de Gao (Mali), 18 Février 2015, 9h15. — « Il… il existe ? »Le caporal Dubois peine à soutenir le regard des officiers. Ses mains tremblent légèrement. La douleur de sa tempe le rappelle à chaque instant. Le bandage lui semble trop serré. Ses yeux sont cernés : la nuit passée, malgré qu’elle fut…