Étiquette : Chronique de Night

  • Anecdote 4 : « Marche… »

    Anecdote 4 : « Marche… »

    12 Août 2008, La fête bat son plein

    L’appartement occupe tout le deuxième étage d’un immeuble haussmannien.
    Les plafonds hauts, les corniches dorées et le parquet en chevron.
    Le grand salon s’étire sur près de dix mètres.
    Deux larges portes-fenêtres donnent sur un balcon filant où s’alignent des bacs de géraniums.
    Au fond, un grand piano à queue noir brille sous un lustre ancien.
    Sur la gauche, un mur de livres et de portraits officiels : décor de prestige, témoin d’une famille d’influence.

    Le salon communique directement :

    • par une double porte vitrée sur la salle à manger, transformée en piste de danse ;
    • par un couloir central menant à la cuisine et aux chambres ;
    • et par une entrée principale donnant sur un vestibule où le garde du corps surveille discrètement la soirée.

    Les invités circulent entre ces espaces comme dans un labyrinthe lumineux.
    La musique pulse depuis la salle à manger, Mosey aux platines, concentré, casque sur les oreilles.
    Des rires éclatent, des flashs d’appareils photo crépitent.

    Au fond du couloir, une porte de chambre vient de se refermer.
    Derrière, des voix : une féminine, tremblante ; une autre, plus grave, cassée, saturée d’alcool et de colère.

    Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvre brusquement.
    Élise Giraud, la petite-fille du sénateur, sort en titubant, les yeux humides.
    Derrière elle, Bèze, silhouette sombre, mâchoire serrée, la suit.

    — « T’vas pas faire ta princesse maintenant ! »
    dit Bèze.
    — « Non, je ne veux pas le faire avec toi ! »
    répond Elise.
    Bèze frappe le mur, avec un coup de poing. L’ambiance de la fête tombe.
    Mosey s’interpose et est rejoint par son garde du corps.
    Bèze, ivre, est hors de lui.
    — « Petite pute, je te baise ! Et toi, fils de président, je vais te buter ! »
    Bèze soulève son sweet, et montre à l’assemblé son DESERT EAGLE.
    Mais, le garde du corps lui montre son BERETTA caché sous sa veste.
    Bèze abandonne de suite, il n’est pas de taille à affronter un vrai pro.
    Une fois qu’il est dehors, il reprend les insultes, révèle être le fournisseur de drogue de la fille et qu’il compte bien pourrir toutes les personnes présentes, ce soir.

    *****

    Paris, palais de l’Elysée, Bureau du président, le 15 Août 2008, 10 heures du matin

    La lumière du jour entre par les hautes fenêtres, adoucie par les rideaux clairs.
    Elle se dépose sur les boiseries anciennes, sur les reliures épaisses qui occupent une partie des murs, et sur les moulures discrètes qui courent au plafond.

    Sur la grande table de travail, parfaitement ordonnée, un unique dossier attire l’œil.
    Posé exactement au centre, il porte en lettres noires un nom bref, presque austère : OMBRE.

    Dans son fauteuil, le Président demeure à demi dissimulé.
    De lui, on ne distingue réellement qu’un bras, son bras droit, posé sur l’accoudoir, et parfois ses doigts qui effleurent le bord du sous-main.

    Face à lui, deux hommes prennent place sur des fauteuils identiques.
    Ils ne semblent pas y être assis pour se reposer.

    Le colonel Delmas, responsable de la cellule OMBRE, garde les mains croisées sur ses genoux, parfaitement jointes.
    Son uniforme, impeccablement repassé, contraste avec l’inquiétude silencieuse qui durcis sa mâchoire.
    Il fixe un point du parquet, une planche légèrement plus claire que les autres, comme si le regard ailleurs avait été un manque de respect.

    À sa droite, le colonel Saint Clair, de la DRM, se tenait dans une immobilité presque statuaire.
    Ses épaules restent droites, son buste légèrement incliné vers l’avant.
    Ses yeux, eux, semblent simplement attendre : ni jugement, ni soumission, seulement cette vigilance calme.

    — « J’ai eu une discussion avec mon fils Pierre. Lors de la soirée chez un ami, le sénateur Giraud, un individu a menacé mon fils. Depuis, cet individu poste sur son FaceBook des menaces à l’encontre de mon fils et de tous les enfants de politiciens qu’il connaît et dont il est le dealer. »

    Saint Clair, au courant de l’histoire, déclare :
    — « Oui, Monsieur. Nos hommes confirment l’identité. Un délinquant connu. Rien qui ne sorte de l’ordinaire. Je vous conseille de laisser courir. Ce genre d’individu ne passe rarement à l’acte, sans provocation. »
    Saint Clair passe son téléphone pour que Delmas puisse voir le réseau social du jeune homme.Delmas prend son temps pour analyser les messages, puis déclare :
    — « Instable, lâche. Lui faire peur serait une mauvaise chose. Votre problème va s’empirer, si vous vous en mêlez. »

    Une pause. Le Président effleure du bout des doigts le dossier devant lui, sans l’ouvrir.
    — « J’ai pas du tout lu le dossier de votre unité. Mais, une partie de la lettre de mon prédécesseur, où il me dit d’appeler ce Night, en cas de coup dur. Donc, je veux qu’il fasse ce qu’il faut pour protéger mon fils ! »

    Saint Clair répond, d’un ton calme :
    — « Vous avez été ministre de l’intérieur, il n’y pas dans vos contacts, quelqu’un qui puisse résoudre votre problème ? »

    Le Président inclina légèrement la tête.
    — « Le fait que je sois devenu président, les amitiés et les prétendus services que l’on m’a proposés ont fondu comme neige au soleil. Plus personne ne voudrait m’aider. Je crains d’être évincé à la fin de ce mandat. »

    Delmas releva enfin les yeux.
    — « Que devons-nous faire, Monsieur ? »
    — « Faites ce que vous pouvez pour que ce sale gosse ne soit plus un problème ! Calmez-le ! »
    — « Ce n’est pas une mission pour la cellule, monsieur. Si vous voulez l’éliminer, nous connaissons des personnes pour ça. L’intimidation ne fait pas vraiment partie de nos attributions. »
    — « Mais à quoi sert une armée qui ne peut pas faire ce que l’on lui ordonne ? »
    — « Aller à la guerre, monsieur le président. Mon unité doit être déployée en Afghanistan, dans 24 heures. Nous avons des cibles à traiter. Cibles dangereuses pour nos troupes là-bas. »

    Le président Sarkozy s’énerve. Le silence revient aussitôt. L’ambiance se refroidit instantanément.
    Saint Clair hocha la tête.
    — « Monsieur ! Nous essayons de vous dire que ce n’est pas notre genre de mission. Elle risque de déraper. Et le jeune peut en mourir, si nous faisons intervenir Night. »
    — « Je ne veux pas qu’il soit tué, mais faites quelque chose ! »
    Delmas rend le téléphone à Saint Clair.
    — « Monsieur ! Je vais demander à mon équipe de voir ce qu’elle peut faire. »

    Les deux colonels saluent et quittent le bureau, leurs pas étouffés par la moquette.
    Derrière eux, le Président reste un moment immobile, silencieux, inquiet. Réussiront ils ?

    *****

    Boulevard Mortier — Salle de briefing de la cellule OMBRE, le 15 Août 2008, 14 heures

    Une salle rectangulaire. Au centre, une table métallique, un rétroprojecteur fixe le mur couvert par un écran blanc..
    Le colonel Delmas entre le premier.
    Il tient un ordinateur portable contre son torse.
    Derrière lui, le capitaine Arnaud Leroux et le lieutenant Thomas Marchesi prennent place. Ils donnent l’impression d’être deux frères. Tenues de pilotes. Lunettes de soleil placées dans une poche de leur combinaison. Carnet en main.
    Le reste de l’équipe arrive à son tour.
    L’adjudant Romain Blanchard, dit Wrench, fait la police auprès des servants des mitrailleuses de sabord, le sergent Yann Martin, dit Taz, et le caporal Adrien Morel, dit Naze.
    Peau mate, sérieux, caporal Vincent Dubois alias Ours se présente à la porte.
    Suivant par le sergent Julien Lefèvre, dit Ghost, calme et silencieux. 

    Night entre en dernier.
    Pas un bruit dans sa marche, pas un regard pour personne.
    Il se contente de se tenir debout, mains derrière le dos, le regard vague, comme si rien ne l’intéresse.

    Delmas ouvre le portable. Il le branche sur le rétroprojecteur. Puis, des images apparaissent.
    — « La mission en Afghanistan est annulée. Le président a une autre… »
    Delmas soupire.
    — « …priorité pour nous. »

    Sur le mur, une image apparaît.
    Une photo de Sébastien Caron.
    Regard gris, insolent.
    Cheveux mal peignés.
    Expression de défi.

    — « Individu instable, violent. Agressions répétées. Menaces contre des proches du président. Nous devons le localiser. L’approcher. Le… calmer. Le Palais veut… un traitement. Rapidement. Sans vagues. »
    Arnaud croise les bras, un sourcil relevé.
    — « On fait des missions de police, maintenant ? »
    Delmas secoue la tête.
    — « Non. On répond à une demande d’aide de notre grand patron. »
    Thomas se penche, lisant les lignes du rapport.
    — « Il a posté plusieurs menaces publiques. Il connaît la fille du sénateur Giraud. Il a des photos, des noms. Il se vante. »
    Arnaud soupire.
    — « Ça pue l’amateur. Le genre qui va paniquer si on lui souffle dessus. »
    Le silence de l’équipe signe l’approbation générale.
    Ours prend la parole, sans la moindre intonation :
    — « On lui démonte sa gueule. »

    Thomas serre la mâchoire.
    — « Avec respect, mon colonel… Quelqu’un a dit au président que Night n’est pas fait pour calmer. Il ne devrait pas être chargé de cette mission ? »
    — « Le Président l’a exigé. Je pense qu’il nous test ! Je crois qu’il cherche de nouveaux alliés. »
    Delmas ferme le dossier sur son portable. Une image du groupe devant le CARACAL fait place.

    Delmas choisit ses mots.
    — « Nous devons le localiser. L’approcher. Le… calmer. »
    Les yeux de Delmas se fixent sur Night.
    — « Sans provoquer de dégâts. Ni de morts. »
    Delmas fini par :
    — « Ce n’est pas une demande. C’est un ordre. »

    Delmas fait une nouvelle pause, puis reprend :
    — « Bèze vit dans le XVIIe arrondissement. Nous n’avons pas d’infos précises… »
    Taz l’interrompt :
    — « Je connais quelqu’un à la police qui pourrait nous renseigner. »
    Naze réplique par :
    — « C’est vrai que tu as tes entrées là-bas… »
    Thomas intervient :
    — « Restez concentré, vous deux. »
    Les deux compères se jaugent du regard, tout le monde sait qu’ils ne sont pas avares en blagues en tous genres.
    Delmas reprend la discussion.
    — « Donc Taz ! Tu vas voir ton contact à la police. Il est fiable ? »
    — « Il m’a déjà arrêté… deux ou trois fois… peut-être quatre. »
    Taz prend un air penaud. Pendant que Naze se rit de lui.
    — « Taz, secondé par Naze, vous emmenez Night. Vous cherchez ce gros nul et vous lui faites bien comprendre de se calmer. Wrench, Ghost et Ours, vous restez en réserve. Arnaud, Thomas et moi, nous serons à la supervision. Pas de débordement, Go ! »

    *****

    Paris XVIIe, le 16 Août 2008, 15 heures

    Devant le commissariat de la rue Truffaut, Night et Naze attendent. Par habitude, Naze caresse l’oreille de Night qui repousse violemment le bras, au son des rires de Naze.
    — « Alors, mon biquet, t’aime toujours pas ça… »
    Naze rit de plus belle.
    Pendant ce temps, Taz et un autre homme sortent du commissariat et se serrent la main. Taz rejoint la voiture. Un Jumpy blanc.
    — « Je suis désolé, mon pauvre Night de t’avoir laissé avec ce gros naze ! »
    — « Oh ! Arrête ! Il a kiffé grave »
    Répond Naze.
    — « Jusqu’au jour, il va te buter. »
    — « Rabat joie ! Il ne ferait pas de mal à son collègue préféré, petit canaillou. »
    Night, toujours taciturne et silencieux, attend. Taz fini par dire :
    — « D’après les infos que j’ai obtenues, notre gars squatte un appartement dans un immeuble, au 43 rue des Épinettes, 17ᵉ arrondissement. Le bâtiment est insalubre. Sa population est un mélange de toxicos, de malfrats et de désoeuvrés. »
    — « Bon ! On va voir ce ringard ? »
    Le véhicule démarre. Les trois compères roulent en direction de leur cible.

    *****

    Boulevard Bessières, Naze conduit doucement, il tourne à gauche, rue des épinettes.
    Night tape sur l’épaule de Taz, et lui désigne un jeune homme en tenue de survet sale qui sort d’un restaurant.
    — « Stop ! »
    S’écrit Taz.
    — « C’est lui ! »
    Naze continue de rouler et se gare dans le premier emplacement de libre. Les trois hommes sortent du véhicule. Ils marchent en direction de leur cible.

    — « Bonjour monsieur ! Pouvons-nous vous faire perdre deux minutes de votre temps ? »
    Dit calmement Taz. Naze se joint à la conversation, pendant que Night reste en retrait.
    — « Vous voulez quoi les blaireaux ? Désolé, j’ai pas le temps de causer, j’ai une donzelle à aller voir pour lui faire ce que vous savez. »
    — « Juste deux minutes ! Juste pour vous transmettre un message d’une personne que vous avez offensé… »
    — « Abrège ! Tu me soules ! Vous êtes des flics ? »
    Bèze se met à hausser le ton :
    — « Oh ! Des sales flics viennent me chercher des noises ! »
    — « Monsieur, on va rester cordiale ! On est venu vous dire que les menaces que vous écrivez sur votre page Facebook contre le fils du président sont inacceptables. Nous pouvons vous faire plier, s’intéresser à vos petites affaires de drogues ! »
    Bèze continu de monter le ton :
    — « Wooo ! Touchez pas à mon business ! »
    Puis, il se met à crier dans la rue :
    — « Des flics me menacent ! Appeler la police ! »
    Des gens regardent en direction du quatuor. Quelques clochards et des jeunes se rapprochent d’eux.
    — « Faites ce que l’on vous dit et vous n’aurez pas de problème ! »
    Taz fait signe à son équipe de partir à la voiture, il a le sentiment que la situation n’est pas sous contrôle.

    *****

    Boulevard Mortier — Salle de briefing de la cellule OMBRE, le 17 Août 2008, 10 heures du matin

    Delmas se sent frustré. Toute l’équipe est rassemblée, il vogue dans la pièce, un air de défaite.
    — « Bon, alors ? »
    — « Le message a été transmis. Est-ce qu’il a été compris ? A vous de nous le dire ? »
    Répondit Taz.
    — « Nan, pas du tout, c’est même pire. Sur son compte, il menace la Police. Que fait-on ? »
    — « On lui pète la gueule. »
    Répondit Ours, d’un ton monotone.

    Delmas semble ne pas entendre. Il dit :
    — « On va lui foutre le bordel dans son business. Thomas, Ghost et Night vous allez lui casser ses deals… »

    Le téléphone de Delmas sonne. Delmas regarde l’écran, fait une mou et décroche.
    — « Monsieur le président… Oui, je suis en réunion avec l’équipe… Je comprends… J’ai vu… Nous allons faire autrement… Je comprends… Il observe… Il n’a pas jugé le moment opportun… Nous ferons de notre mieux… Au revoir monsieur. »

    Delmas raccroche. Il est encore plus frustré.
    — « Bon, vous avez compris que c’était le président. Il est furieux. Je reprends, Thomas, Ghost et Night, vous allez casser ses deals. C’est un avertissement, il doit comprendre que nous ne rigolons pas ! Taz, Naze, Wrench et l’Ours, vous êtes en réserve. Arnaud et moi, nous supervisons. Go ! »

    *****

    Paris XVIIe, le 17 Août 2008, le soir

    Thomas, Ghost et Night passent deux jours dans le monospace que l’Ours a prêté. Night assis en place arrière, côtoie deux peluches,une licorne et un Tigre. Ghost qui est au volant, le regarde avec le rétro central.
    — « Désolé Night, Vincent adore ses gosses ! »
    En guise de réponse, Night lui montre Bèze qui sort de son immeuble. Le trio débarque du véhicule et le suit à distance.
    A quelque centaine de mètres de son immeuble, Bèze tient son point de Deal. Un porche ouvert et endommagé, l’éclairage faible donne l’impression d’un tunnel obscure. Déjà, deux filles en tenue d’écolière, collants déchirés, cheveux sale, leurs têtes qui semblent bien trop lourdes pour elles.
    Quand elles le voient, elles déambulent vers lui et le hèlent. Thomas, Night et Ghost mettent leurs cagoules et avancent vers le porche. Ils interpellent les clients de Bèze.
    — « Allez ! Le deal est fermé, pour ce soir ! Allez voir un autre point. Monsieur est occupé ! »
    Malgré les protestations les toxicos s’en vont. Bèze s’écrit :
    — « Vous faites quoi, bande de blaireaux ? »
    — « Nous t’avons prévenu. Donc, c’est fini pour toi ! »
    — « C’est encore les flics ? Vous vous acharnez sur moi ! C’est du harcèlement ! »
    — « Si tu calme le jeu avec le fils du président et les autres gamins que tu menaces, on te laisse tranquille. OK ? »

    Une berline allemande s’arrête au niveau du porche et Ghost s’approche et leur dit de partir. La voiture décolle. Bèze réfléchi.
    — « Ok ! Je vais supprimer les messages. »
    — « Et tu ne nous obliges pas à revenir ! Rentre chez toi ! Va réfléchir. »
    Bèze repart et rentre dans son immeuble.
    Thomas et Ghost sont soulagés. Mission accomplie, ils le pensent.

    *****

    Boulevard Mortier — Salle de briefing de la cellule OMBRE, le 18 Août 2008, 10 heures du matin 

    Au téléphone, l’air contrarié, Delmas se fait sermonner. A la télé, la presse s’acharne sur une Police qui harcèle un dealer. Dans les images, on peut y voir le jeune homme larmoyant, expliquer que la police le menace depuis quelques jours. Le ministre de l’intérieur et le chef de la police du 17e arrondissement présentent leurs excuses et avoue ne pas comprendre la situation. Les experts se suivent et se battent verbalement sur le sujet.
    En communication avec le président, Delmas tente de défendre son équipe.

    Dans la salle de réunion, les autres membres restent muet, tristes et désabusés. Ils ne comprennent pas pourquoi on leur demande de faire une mission qui sort de leur attribution.
    Delmas raccroche et se tourne vers les autres membres.
    — « Voilà, le petit merdeux est allé cafter à la presse. Il se fait passer pour une victime d’un système autoritaire, tout ce que les médias aiment. Nous avons été filmés par une équipe de journalistes. Il va falloir trouver une porte de sortie. »
    — « Je m’occupe de lui péter la gueule ! »
    dit l’Ours.
    — « Autre idée ? »
    rétorque Delmas.
    — « Nan monsieur ! On y va, on lui casse deux dents et c’est fini. Là, vous jouez son jeu. On le démonte, un point c’est tout. »
    L’Ours s’énerve rarement, mais voir son chef se ridiculiser, le rend furieux.
    Personne ne veut le contredire. Même Naze n’a pas la répartie pour divertir l’ambiance.
    — « Bon, on va faire ce que tu as dit. »
    Delmas jette l’éponge, il ne sait pas où cela va mener l’équipe.

    *****

    Paris XVIIe, 18 août 2008, vers 19 heures

    Dans un Jumpy Gris, version familiale, six hommes se préparent à agir. Wrench est au volant, Taz, Naze, Ghost, l’Ours et Night sont aux places passagers. Cagoules prêtes à être enfilées. Pistolet à la ceinture. Ils attendent leur cible.

    D’abord un cri, puis un pleur. Un fille est poussé par Bèze, il l’a dirige vers un porche. Les cinq hommes débarquent, mettent leurs cagoules et foncent. Night se déplace vite, il arrive au niveau de l’agression. Bèze est en train de glisser sa main sous la jupe de la fille.
    — « Laisse toi faire, petite pute. Je vais te faire connaître le bonheur… Mais quoi ? »
    Night le pousse violemment, et lui décroche un direct du droit, en plein visage? Bèze a le nez qui saigne, il est perturbé, il prend peur. Il se débat comme il peut, il gémit.
    — « Nan, laissez-moi tranquille ! »
    Il fuit son agresseur. Il court dans la rue vers son domicile. Il trébuche de peur, il est désorienté par le coup violent qu’il a reçu au visage.
    Night le suit d’un pas rapide. Le reste de l’équipe le rattrape, Naze et Ghost se dirigent vers la fille, pour lui prodiguer les premiers soins.
    Wrench roule pour rattraper Bèze et Night.
    Le jeune homme entre dans son immeuble, pleurant, paniquant. La peur est à ses trousses.
    Il monte les six étages, tout en trébuchant, donnant le temps à Night, rejoint par L’Ours et Taz de le rattraper. Bèze entre dans son appartement.
    Night s’arrête à côté de la porte, il entend le chargement d’un fusil à pompe.
    Une explosion endommage la porte d’entrée. La chevrotine a traversé la porte légère de l’appartement et ainsi celle d’en face.
    — « Vous allez tous crever, bande de bâtards de flics ! »
    Crie Bèze, la voix pleine de sanglots.
    Il recharge, l’arme s’enraye.
    — « Merde ! Fais pas chier ! Putain de SPAS12 ! »
    Il recharge, l’arme s’enraye à nouveau.
    Night se met en place et défonce le reste de la porte.

    Bèze fuit dans sa chambre. Night le suit. Taz et l’Ours entrent à leur tour dans l’appartement. Une odeur de décomposition d’ordures répugnante les incommode. Le jeune n’est pas fort en ménage. Des tas de cartons à pizza sont regroupés ici ou là. Des canettes de bière jonchent le sol. Seul un passage permet d’aller d’une pièce à l’autre. Des sacs poubelles longent les meubles de la cuisine.

    Bèze crie depuis sa chambre, une voix manquant d’assurance.
    — « Laissez-moi, tranquille ! Je vais vous tuer ! Merde putain, c’est quoi ! »
    Night enfonce la porte. Il découvre Bèze avec son Desert Eagle dans les mains, l’arme a eu un incident de tir. Bèze essaye de la faire marcher, mais n’y arrive pas.
    Night le met en joue. Bèze lève la tête, c’est la dernière chose qu’il voit.
    Taz s’écrit :
    — « Night ! Non ! »
    Le coup part.

    Wrench entre à son tour dans l’appartement, il se dirige vers la chambre, malgré l’odeur. Il fouille le corps du jeune. Il prend le portable. Il cherche l’appli FaceBook, supprime le compte du jeune homme.
    — « Quel blaireau ce gosse ! 1234 c’est pas un mot de passe ! »
    Il remet le téléphone dans la poche du jeune cadavre, puis, il ordonne le repli.

    *****

    — « Vingt cinq ans que l’armée Française n’avait pas subi de pertes aussi lourdes. »
    — « Dix morts et vingt et un blessés en Afghanistan… »
    Le journal télévisé démarre sur une bien triste nouvelle…

    *****

    Paris, palais de l’Elysée, Bureau du président, le 19 Août 2008, 7 heures du matin

    La lumière du jour entre par les hautes fenêtres, adoucie par les rideaux clairs.
    L’ambiance n’est pas à la colère d’une mission ratée, mais à la tristesse.

    Dans son fauteuil, le Président demeure à demi dissimulé.
    De lui, on ne distingue réellement qu’un bras, son bras droit, posé sur l’accoudoir, et parfois ses doigts qui effleurent une lettre manuscrite posée sur un dossier.

    Face à lui, deux hommes prennent place sur des fauteuils identiques.
    Ils ne semblent pas y être assis pour se reposer.

    — « Est-ce qu’il aurait changé les évènements ? »
    Demande le président.
    — « Non, monsieur. »
    répond le colonel de Saint Clair
    — « Il serait, peut-être, venu à leur secours… les venger… Mais, c’était écrit… ça devait arriver. »

    La voix de la secrétaire se fait entendre :
    — « Monsieur le président, j’ai le président Jacques Chirac en ligne, il voudrait vous parler ! »
    — « Passez le moi, s’ il vous plaît. »

    La main droite de Nicolas Sarkozy se saisit du téléphone :
    — « Bonjour monsieur le président. Mes hommages… Merci pour votre sollicitude… Que puis-je à votre service ? (…) Non, j’avais annulé son séjour… pour une mission en France… Oui, ce n’était pas une urgence… Oui, un règlement de compte (…) Je le comprend maintenant, je veillerai à ce qu’il soit mieux utilisé (…) Je vais lire votre lettre (…) Je vous remercie. A bientôt Jacques ! »
    La main droite pose le téléphone.

    — « J’ai compris l’utilité de ce Night, vous repartez en Afghanistan, recherchez-moi ces ordures ! Faites leur payer cet affront. Envoyez leur… »

    NightWish


    Fin de ‘anecdote 4 : « Marche… »


    Cette histoire est une fiction inspirée de contextes réels.
    Elle a été imaginée et rédigée par Raulgarth, avec l’appui de Sergent-Chef Marcel1 pour la correction, la documentation et la réflexion narrative.



    A suivre :

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    Histoire Annexe :



    18 Août 2008 : Hommage à tous les gars en Afghanistan

    1. ChatGPT de OpenAI ↩︎

    12 Août 2008, La fête bat son plein L’appartement occupe tout le deuxième étage d’un immeuble haussmannien.Les plafonds hauts, les corniches dorées et le parquet en chevron.Le grand salon s’étire sur près de dix mètres.Deux larges portes-fenêtres donnent sur un balcon filant où s’alignent des bacs de géraniums.Au fond, un grand piano à queue noir…

  • Anecdote 3 « La Mort… »

    Anecdote 3 « La Mort… »

    Afghanistan, montagnes du Wardak, Mai 2009

    Allongé sur le dos, la tête tournée, il regardait fixement la porte. Il ne ressentait plus rien, seulement un sentiment de vide, comme si toute émotion l’avait quitté.

    Une ombre passa au-dessus de lui. Il voyait une silhouette, un homme vêtu de noir qui traversait la pièce. L’homme se plaça à droite de l’ouvrant, puis sa main gauche manipula la poignée et ouvrit la porte. Comme pour scanner l’intérieur de l’autre pièce voisine, il bascula à gauche de l’embrasure, puis s’engouffra à l’intérieur.
    L’ombre se tenait dans l’encadrement, son arme levée, faisant feu sur quelqu’un dans un claquement sec qui résonnait comme lointain.

    Sa vision s’obscurcit ; les contours se dissipent dans une brume noire. Il ne voit plus rien, il n’entend plus rien. Le froid gagne lentement ses membres, comme si la chaleur le quittait.
    Il se sent partir.
    Son histoire s’achève…

    *****

    Il ouvre les yeux.
    Le soleil va se lever.
    Il entend déjà Khaled préparer le petit déjeuner ; le bruit des gamelles, le cliquetis du métal.
    Hier, Wali et lui étaient allés acheter des rations étrangères, au marché noir.
    Il aime ce café à la française. Gentil de leur part, leur nourriture est sans porc. Qu’Allah le pardonne.

    Tout le groupe est rassemblé.
    Azim parle avec Wali et Farid.
    Le chef semble calme, les yeux fatigués. Il a encore travaillé tard, cette nuit.
    Azim est le fils ainé de Hassan al-Khorasani… Haroon pense à Hassan, mort de la main du diable.
    Cette pensée le glace toujours. Un tel démon sur terre, allié aux étrangers.
    Qu’Allah les aide.
    Azim avait un frère, Latif ! Tué par ces Américains, qu’Allah les maudisse.
    Azim est le chef. Il est consciencieux. Il est dur à la tâche.

    A côté de lui, Wali. Wali Ahmad, un médecin Pakistanais. Cousin éloigné d’Azim. Lui aussi, comme beaucoup, a rejoint le mouvement Harakat al-Jihad al-Islami fi Khorasan, après la mort de Latif.
    La vengeance, qu’Allah leur pardonne, est la raison de la prise des armes.

    Latif était un homme bon, d’après ce que racontait son père, les larmes aux yeux, le chagrin serrant sa poitrine.

    Wali est arrivé, il y a des mois, avec son voisin Khaled Durrani, éleveur de moutons; un homme costaud. La première rencontre avait été  mouvementée, Rashid les avait pris pour des informateurs, mais avant qu’Azim n’ait pû intervenir, Khaled avait renversé Rashid comme un sac de blé.

    Farid, l’imam, l’ami de toujours du chef, veille sur Azim. Il lui sert les plats, les boissons, vérifie qu’il mange, qu’il boit.
    Mullah Farid Gul, c’est comme ça qu’il aime se faire appeler. Il cherche à contrôler tout le monde. Employant la religion à ses fins. Mais, il a toujours de bons conseils et ses mots sont justes.

    Shoaib Amini et Omaid Latifi, deux des jeunes du groupe, viennent à lui.
    — « Haroon !  On a vu des véhicules en bas de la vallée. 4 Humvee américains. On va le dire au chef ! »
    — « Allez le dire au chef ! C’est bien les garçons ! »
    Haroon Shirzai se lève et récupère ses affaires et son arme. La bataille approche.

    *****

    Le convoi roule sur la route de montagne.
    Haroon observe.
    Azim et la troupe se cachent derrière les rochers. Zahir Qadir, téléphone en main, regarde le chef. Il attend l’ordre pour déclencher l’IED.
    Un premier véhicule arrive. Au lieu dit, Azim fait signe. Zahir appuie sur son téléphone. La bombe explose derrière le véhicule, certainement à cause des brouilleurs.


    Dans l’axe de la route, Nasir Ahmad Barakzai allume le véhicule avec sa PKM. Des silhouettes sautent de celui-ci, sa tourelle mitrailleuse s’anime et répond à Nasir.


    Khaled sort de son abri et tire avec son RPG. La roquette folle siffle et explose 10 mètres après le véhicule.
    En imitant Khaled, Rahmatullah Sadiqi vise avec son RPG et tire. La roquette explose à 20 mètres avant le blindé. Mais, il reste immobile, puis s’effondre. Shoaib vient à son aide, soulève le corps et se met à l’abri. Shoaib ramasse l’arme.
    Khaled lui crie des ordres, le guide. Les deux hommes se mettent en position et tirent.
    Les Roquettes frappent le sol à trois mètres des soldats américains.

    Les trois autres véhicules arrivent. Les Américains débarquent. Les armes hurlent.
    Haroon sent les éclats fuser.
    Profite d’une accalmie pour répliquer. Il remarque que tout le monde fait comme lui.
    Les RPG afghans et les AT4 américains s’échangent. Les explosions concluent les transactions.

    Prenant à revers la colonne ennemie, Fazal Haidari arrose de sa PKM. Avec lui, Haroon peut voir Omaid Latifi et Samiullah Darwish. Les deux hommes protègent et aident la mitrailleuse.

    Un américain tombe, il est secouru par un autre, tout proche.
    Rashid Noorzai, l’ancien soldat de l’ANA désigne les cibles, au tireur Dragunov, Nematullah Safi.

    Un deuxième américain s’écroule.
    La panique gagne les étrangers. Mais, la réplique ne se fait pas attendre.

    Un cri en arabe retentit. Haroon se retourne. Omaid est penché au-dessus de Samiullah, puis s’effondre.
    Fazal quitte son poste de tir, met à l’abri Omaid, reprend sa mitrailleuse.
    Haroon est surpris par un mouvement, Wali court de rocher en rocher. Il rejoint le binôme. Il soigne le jeune.

    Les tirs faiblissent. Les véhicules manœuvrent pour décrocher.
    La vallée se calme.

    *****

    Devant les deux tombes de pierre, Farid se tient debout, les mains levées. Derrière lui, les hommes prient en silence, tournés vers la Mecque.

    Un peu plus tard, dans la grotte aménagée, Azim a rassemblé sa troupe.
    — « Les infidèles sont venus. Ils reviendront. Je pense que c’était une unité de reconnaissance, ils n’avaient pas l’intention de nous détruire, sinon ils l’auraient fait. Une autre force plus importante va venir. Qu’Allah nous aide ! »
    Azim marque une pause.
    — « Rassemblez les munitions, les vivres et restez sur vos gardes. Attendons nous à combattre prochainement. »
    Les hommes répondent «Allâhu Akbar» et chacun se mit à rassembler leurs effets personnels.

    *****


    Tariq Gulzad, l’amuseur de la troupe, raconte une histoire au jeune Fazil Rahman, un gamin de 17 ans :
    Un commandant demande à ses hommes de se taire pendant la prière.
    Mais un âne, dehors, se met à braire sans s’arrêter.
    Alors le commandant sort, furieux, et lui crie :
    — « Tais-toi, bête de malheur ! Je prie ! »
    L’âne s’arrête… Puis le commandant réalise qu’il vient de parler pendant la prière.

    Tariq éclate de rire en concluant :
    — « Même les ânes connaissent mieux les règles que certains chefs ! »

    Les hommes rient, même Azim sourit, autrefois, il avait déjà entendu cette histoire.

    Puis Tariq entame une autre fable, celle d’un éleveur de moutons aux prises avec un loup géant. Haroon écoute ; il la connaît, Tariq la raconte à chaque nouvelle recrue. L’histoire parle d’un homme seul, obligé d’affronter la bête avec le peu de moyen à sa disposition. Fazil écoute, fasciné. Tariq y met tout son cœur, ses gestes, sa voix.
    À la fin, il conclut dans un grand sourire :

    — « Et l’homme donna un mouton par mois à la bête, pour qu’elle laisse son troupeau tranquille. »
    Les discussions reprennent dans la nuit froide des montagnes.

    Deux jours plus tard, Haroon entend les hommes, Hamidullah Wardaki, Mirwais Qasemi et Shoaib Amini, revenus du ravitaillement, parler à Azim.
    Un berger leur a dit qu’il a entendu des soldats de l’ANA au marché de la vallée.

    Et qu’ils parlaient d’une opération de nettoyage dans les montagnes, là où se cacheraient “les insurgés”.

    Azim écoute sans mot dire.

    Haroon observe son regard et comprend : après tant d’années à combattre les meurtriers de son frère, Azim est devenu une cible prioritaire.

    L’information vaut de l’or.

    Ils auront le temps de se préparer.


    *****

    Il aura fallu quatre jours entiers pour faire venir deux équipes de l’ANA avec leur OMLT.
    Haroon voit que Azim est déçu. Environ cinquante hommes, dont une dizaine d’étrangers.
    Farid, qui devine les pensées du chef, dit calmement :
    — « C’est pas grave, repoussons les et ils enverront d’autres forces. »

    Azim hoche la tête et donne l’ordre de combat.

    Caché derrière les rochers, Haroon observe la colonne de véhicules foncer sur la route.
    Un groupe de quatre pickup et un HUMVEE, les Américains. Un autre de quatre pickup et un VAB, les Français.
    Tous débarquent.
    Haroon est impressionné par leur méthode : rapide, ordonnée, froide.
    Rien à voir avec le troupeau désordonné de l’ANA.


    L’ennemi entame l’ascension du flanc de la montagne.
    Deux explosions secouent la vallée : ce sont les IED de Zahir.
    Sept soldats sont projetés au sol.
    Azim ouvre le feu, suivi par tous les autres.


    Un grondement emplit le ciel.
    Sortant de derrière les crêtes, un hélicoptère Apache surgit.
    Son canon gronde, et Haroon voit trois de ses camarades se faire déchiqueter — Hamidullah Wardaki, Mirwais Qasemi et Ghulam Nabi Tokhi.
    L’engin de mort passe, Nematullah le prend pour cible, suivi par Nasir et sa PKM.
    L’hélicoptère fume, s’éloigne, mais il a permis à la force terrestre d’avancer.


    Haroon vise, tire, atteint un soldat afghan. Il recharge, tire encore, sans savoir s’il touche.
    Assourdi par les explosions, aveuglé par la poussière, il ne voit pas Omaid Latifi s’effondrer derrière lui.


    L’accrochage dure plus d’une heure.
    L’ANA et ses formateurs finissent par décrocher.
    Victoire ? À quel prix ?

    Six tombes de pierre alignées : Hamidullah Wardaki, Mirwais Qasemi, Ghulam Nabi Tokhi, Omaid Latifi…

    Haroon avait entendu les récits de la mort de ses camarades Shoaib Amini, tué alors qu’il protégeait Nasir et Fazal Haidari, fauché alors que sa PKM neutralisait un soldat français.

    Azim a du chagrin. L’hélicoptère a fait trop de mal. L’ennemi a fui, de peu.
    Ils ne sont plus que treize sur vingt et un.
    Une autre bataille comme celle-là, et tout sera fini.

    D’après les dires des survivants, plus de la moitié des ennemis seraient morts ou blessés.
    Deux Français et trois Américains figureraient parmi eux.

    Haroon regarde les tombes. Le vent souffle.
    Il sait que d’autres viendront.

    *****

    Le lendemain matin, après les ablutions et le petit déjeuner, Haroon rejoint la petite assemblée.
    Azim a demandé à quelques membres de le rejoindre.
    Assis en tailleur dans la pièce du chef, autour de lui, il y a Farid, Rashid et Zahir. Haroon se demande pourquoi sa présence est nécessaire.


    Azim dit :
    — « Notre situation n’est pas brillante. Nous sommes presque à la moitié de notre effectif. Si les étrangers reviennent, ils vont nous massacrer. »

    L’air est pesant. La pièce est mal aérée.

    Farid prend la parole :
    — « Il n’est pas question de se rendre ! Ces chiens doivent payer ! Ils nous ont envahi et ils doivent être chassés. »
    Rashid et Zahir répètent en chœur :

    — « Oui, il a raison. »
    Azim baisse les yeux et avec une voix triste, il dit : 

    — « D’accord. Mais nous allons mourir. »

    — « Ou alors, nous pouvons désigner quelqu’un pour raconter notre sacrifice ? »
    Haroon n’a pas pensé dire cette phrase.
    D’abord surpris, Azim l’enjoint à continuer :
    — « Continue Haroon. »
    — « Nommons quelqu’un qui ira, de village en village, raconter notre fin. Recréer le Bataillon et poursuivre le combat, après notre mort. Je pense à Tariq, il est comédien. Il sait parler aux gens. Et, il serait ravi de se mettre en scène, non ? »
    Farid sourit et ajoute :
    — « L’idée est bonne. Nous deviendrons des martyrs au nom d’Allah ! Appelons Tariq. »

    Azim fait un signe de tête à Rashid. Celui-ci se lève et sort. Quelques instants plus tard, il revient avec Tariq. Azim regarde Tariq : 

    — « L’heure est grave. Nous aurions besoin de toi pour une mission. Raconte notre sacrifice et enjoint le peuple Afghan à l’insurrection. Tu dois porter notre héritage. »


    Tariq réfléchit. Il prend son temps. Haroon a l’impression que Tariq est en train de faire des calculs de tête, il va finir par faire croire qu’il est un grand génie des mathématiques. Puis il finit par dire :
    — « Je ne vais pas le faire. Si c’est la fin, je préfère en être. Si nous devons penser à l’avenir, envoyons quelqu’un de plus jeune. Qui aimerait être chef ! »
    Azim, surpris par le raisonnement de Tariq :
    — « Tu penses à qui ? »
    — « Eh bien, au jeune Fazil. Il a dix-sept ans, il n’est pas encore marié. Il a la vie devant lui. Il est brillant, intelligent. Ce sera dur pour lui de nous quitter mais, il est le plus apte. »

    L’assemblée prend sa respiration. Azim demande un vote. A l’unanimité, le plan est accepté, Fazil est choisi.

    Haroon et Tariq sortent de la pièce, ils marchent vers Fazil, près de la galerie qui mène à la sortie. Le jeune homme ne comprend pas. Tariq s’assoit devant lui et, calmement, il lui raconte l’histoire du Harakat al-Jihad al-Islami fi Khorasan : Latif, Hassan, les grandes batailles, les noms des morts. Haroon écoute. À un moment, Tariq brode un passage sur son prétendu héroïsme où il danse entre les balles, comme s’ il est un personnage de film bollywoodien. Fazil sourit d’abord ; puis ses yeux se remplissent.

    Fazil dit d’une voix étranglée :
    — « Mais, pourquoi moi ? Je veux me battre aussi. Je ne veux pas être un lâche ? »

    Haroon dit :
    — « Un lâche ? Toi ? Non. Tu es en mission. Tu vas tous nous sauver. »
    Les larmes de Fazil coulent, d’abord goutte à goutte, puis en cascade.

    — « Je veux rester avec vous, je ne veux pas partir ! »
    La salle résonne des pleures du Jeune homme. Les autres se taisent.
    Tariq pose sa main gauche sur l’épaule de Fazil, Haroon sa main droite.
    — « Si tu restes, tu mourras. Si tu pars, tu vivras pour nous. Et je te jure… je te jure qu’on se reverra. »
    Fazil hoche la tête, vaincu. Il range le carnet que Tariq lui tend.

    Sur la couverture, un seul mot écrit à la main : Frères.
    — « Rassemble tes affaires. Ce carnet te rappellera qui nous sommes. Ce sont mes mémoires. Sois-en digne.»
    Azim rejoint le trio :
    — « File ! Tu dois partir. Qu’Allah te protège et te guide ! Va ! »
    Le soleil n’est pas encore à son zénith, Fazil descend la montagne par un chemin de chèvres, le carnet serré contre sa poitrine. Les hommes le regardent partir, les larmes aux yeux, le cœur brisé. L’avenir est devenu incertain pour eux.

    *****

    La nuit glaciale tombe sur les montagnes.
    Haroon demande à la lune de protéger le petit Fazil.
    Il tente de se l’imaginer marchant sur les routes, parlant aux gens.
    Il est loin le temps où les rires des jeunes résonnaient dans la salle.
    Maintenant, le silence règne en maître.

    Haroon est avec Nasir Ahmad Barakzai, Habib Rauf, Yama Noorzad et Rashid Noorzai. Ils montent la garde. Nasir montre à Haroon une ombre se déplacer entre les pierres.

    Un claquement retentit. Nasir tombe lourdement au sol, une balle en pleine tête. Rashid crie à Haroon :
    — « Rentre et avertis les autres ! Et ne te retourne pas »

    Un nouveau claquement, c’est au tour de Yama d’être frappé en pleine tête. Haroon court, il entend les tirs au dehors, puis le silence.


    Il s’arrête. Il se retourne. Une ombre se détache du mur faiblement éclairé par une torche.
    Haroon a peur, c’est le diable !
    Il arrive dans la salle, il ferme le rideau derrière lui. Les hommes renversent les tables et les bancs et forment un mur. Ils utilisent tout ce qui peut être mis pour le rendre plus épais.


    Azim dit :
    — « Que se passe-t-il ? »

    Haroon répond :
    — « Shaytān ! C’est le Shaytān ! »

    Le sang des hommes se glace.

    Le rideau lourd ondule, comme si une pierre avait été jetée dedans.
    Les hommes, pris de panique, déclenchent une boule de feu.
    Le tissu se déchire sous les balles.

    L’ombre apparaît. Vise et tire.

    Khaled qui tient la mitrailleuse, s’effondre.
    Azim ordonne le repli. Farid recule le premier. Tout en visant le rideau déchiré.
    Le médecin Ahmad, le comédien Tariq et l’ingénieur Zahir rejoignent la pièce de derrière.
    Un claquement, Farid tombe. Azim court vers lui. Il voit le trou dans la tête.
    Il pleure son ami d’enfance. Un nouveau claquement.
    Azim s’écroule.

    Nematullah et Haroon reculent.
    L’ombre vise et tire. Nematullah s’effondre à son tour.
    Haroon est seul dans la salle. Seul face au démon. Il ne sait pas pourquoi il repense à l’histoire de Tariq, entre l’éleveur et le loup.
    Un objet frappe sa tête, il s’écroule. Il voit la porte de la pièce où se trouvent ses frères.
    Passe au-dessus de lui…

    Nightwish


    Fin de l’anecdote 3 “La Mort…”


    Cette histoire est une fiction inspirée de contextes réels.
    Elle a été imaginée et rédigée par Raulgarth, avec l’appui de Sergent-Chef Marcel1 pour la correction, la documentation et la réflexion narrative.



    A suivre :

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    Histoire Annexe :



    1. ChatGPT de OpenAI ↩︎

    Afghanistan, montagnes du Wardak, Mai 2009 Allongé sur le dos, la tête tournée, il regardait fixement la porte. Il ne ressentait plus rien, seulement un sentiment de vide, comme si toute émotion l’avait quitté. Une ombre passa au-dessus de lui. Il voyait une silhouette, un homme vêtu de noir qui traversait la pièce. L’homme se…

  • Anecdote 2

    Anecdote 2

    Base de Gao (Mali), 18 Février 2015, 9h15.


    — « Il… il existe ? »
    Le caporal Dubois peine à soutenir le regard des officiers. Ses mains tremblent légèrement. La douleur de sa tempe le rappelle à chaque instant. Le bandage lui semble trop serré. Ses yeux sont cernés : la nuit passée, malgré qu’elle fut courte, n’a été qu’une suite de cauchemars.
    — « On sait. Ce n’est pas qu’une rumeur de popote, caporal. » répond calmement le colonel de Saint-Clair, de la DRM, bras croisés, voix grave.
    — « Remerciez le Président. C’est lui qui a autorisé son intervention.»

    Le colonel Desmoulin, chef de régiment du 21e RIMa, se penche en avant, le visage fermé.
    — « Reprenez depuis le début, soldat. Nous voulons savoir comment trois des nôtres sont morts et d’autres ont été amputés. Pas d’omission. »
    Dans le silence pesant de la tente, on entend au loin un NH90 redécoller. Dubois déglutit, reprend son souffle, et commence à raconter.

    *****

    La colonne FENNEC – la veille, 14h20


    Trois véhicules roulent vers le nord. Progression lente, formation serrée. La piste, couleur de terre jaune, est défoncée, parfois effacée par des langues de sable. L’ascension se poursuit au milieu de pierres sombres et de quelques buissons épineux.
    À gauche, une large bande de cailloux gris noir, ponctuée de plaques de sable ocre. Au-delà, la vue s’ouvre sur une plaine lointaine, presque irréelle.
    À droite, la bordure est plus étroite. La piste longe le flanc rocheux d’une pente montagneuse, formée de blocs irréguliers et d’escarpements.

    *****

    En tête, un VBL (Véhicule Blindé Léger), silhouette basse et nerveuse. À l’intérieur : le chef de bord et le pilote, visages tendus, écouteurs vissés sur les oreilles.
    — « Quelle idée farfelue est passée par leurs putains de tête, Je voudrais bien les voir ces idiots d’officiers. C’est pas eux qui sont sur cette putain de route ! » le lieutenant Armand Lemaire, 34 ans, saint cyrien, ancien d’Afghanistan, laisse éclater sa colère, à l’intercom.
    — « Il y a une grosse opération, et on nous envoie en mission sans renfort dans cette Chienlit !! »
    Son pilote, le caporal Julien Marchand, 24 ans, passionné de mécanique et de course automobile, suit le lieutenant depuis 4 ans, cherche à se concentrer sur la conduite du véhicule.

    Derrière, un VAB (Véhicule de l’Avant Blindé) cahote, lourd de ses dix occupants. Dans la tourelle téléopérée, la 12,7 mm brille sous le soleil. En trappes arrières, trois hommes scrutent les horizons.
    Les hommes rient en écoutant le lieutenant pester à la radio.
    — « Il a raison, le vieux » dit le sergent Thomas Perrin, 36 ans, chef de groupe, ancien d’Afrique centrale, Afghanistan. Lui, il sait, il a ce mauvais pressentiment.
    En face de lui, son Radio, Malik Benali, 21 ans, malin et vif. Autrement, dans la caisse, il y a l’équipe 300, le Caporal Rémi Gauthier, 28 ans et ses deux “sales gosses” qu’il affectionne tant : Karim Bensaïd, 23 ans et son acolyte Aimé Koffi, 25 ans, venant d’un quartier de Mulhouse. Deux bons militaires, servants de lance- roquettes AT4. Enfin, l’équipe 600, en trappes arrières, le caporal Nicolas Faure, 30 ans, dit “L’horloger”, à cause de sa manie du réglage des armes. Il a sous son commandement, deux frères, venant des Vosges, Lucas (27 ans) et Adrien (20 ans) Martin, chasseurs par tradition familiale, très bon tireurs, savent manier leur Fr-F2.
    A l’avant du VAB, au volant, le soldat Vincent Morel, inquiet de la situation. Le caporal Dubois, 24 ans, surveille les alentours.

    En queue de convoi, l’ARAVIS du génie ferme la marche, imposant, bardé d’antennes anti-IED.
    Le caporal Marc Delorme, 29 ans, conduit le blindé. A côté de lui, le caporal-chef Jean-Luc Roussel, 40 ans, proche de la retraite.
    A l’arrière du blindé, le sergent-chef Xavier Dubreuil, 33 ans. Les soldats Kader Belkacem, 22 ans, Stéphane Olivier, 24 ans et Thierry Roux, 26 ans.
    La poussière se soulève au passage des véhicules. Le désert est calme, presque trop calme.

    *****

    Soudain, une explosion sèche. Le souffle renverse le VBL sur le flanc gauche dans un nuage de sable et de fumée noire.

    — « CONTACT ! » hurle le chef de groupe du VAB en déclenchant sa radio.
    Le VAB freine brusquement pour éviter la collision avec l’épave du VBL. Mord la bordure de droite et le véhicule s’enlise. L’ARAVIS s’arrête net à quelques mètres derrière, sa mitrailleuse se met à crépiter.
    Des silhouettes surgissent des rochers. Rafales de PKM et d’AK47, RPG sifflants. La colonne est prise sous le feu.

    Le chef de bord du VAB, le caporal Dubois écrase son bouton radio :
    — « Contact ! A tous les équipages, débarquer ! Face à droite, ennemis venant de la montagne. »
    Le sergent Perrin saisit son Talkie et parle :
    — « Xav’ ! Fait en sorte que ta Browning couvre notre sortie. On se rejoint derrière les blindés. »
    Il entend la réponse du Sergent-chef Xavier Dubreuil :
    — « Ok ! On doit aller voir le VBL
    Puis dans les hauts parleurs du VAB, la voix de Dubreuil annonce :
    — « GAO, ici FENNEC-2, unité sous le feu. VBL hors de combat, impossible de connaître le statut de l’équipage ! Parlez »
    Les balles claquent sur le blindage du VAB, une vitre est endommagée par un tir. Les soldats se préparent au débarquement. L’équipe en trappe ouvre le feu.
    — « FENNEC-2, ici GAO. Renfort terrestre en route, délai quatre heures. Tenez la position. Appui TIGRE en approche, douze minutes. Demande d’appui aérien transmise à N’Djamena, deux Rafale en vol. Reçu ? Parlez »
    — « Reçu, GAO. Fennec-2, on tient. Terminé »
    Lâche le sergent-Chef.

    *****

    Le tireur du VAB arrose les rochers d’une longue rafale, fauchant deux silhouettes qui tentaient de se rapprocher. L’équipe VAB débarque sous le feu ennemi.
    Le jeune Adrien Martin, en trappe arrière droite, annonce :
    — « tireurs RPG, deux cent mètres dans cette direction. »
    Le caporal Gauthier, au moment de sortir, observa brièvement la direction du groupe de RPG, montre à Karim la cible.
    — « AT4, feu ! »
    Le première classe saisit son lance roquette, vise, tire. L’engin explosif atteint le rocher où se trouve la cible désignée. L’explosion balaye les rebelles. Karim s’apprête à jeter le lanceur, mais Lucas s’en saisit pour le poser au sol, dépose sa musette et se couche derrière pour se protéger.
    — « Derrière le rocher, dans cette direction, 280 mètres, groupe de combat, 5 hommes. »
    Gauthier, montre à Karim qui s’équipe d’un nouveau lanceur.
    — « AT4, feu »
    La roquette vole vers la cible et tombe à côté, l’explosion ne semble toucher personne. Le sergent, la radio, “l’horloger”, Aimé et deux AT4 sortent du véhicule et se mettent à l’abri du VAB. Gauthier chope le lanceur usé de Karim, le pose à côté de celui où se cache Lucas et utilise lui aussi sa musette comme abri. Il se couche et commence à ouvrir le feu avec son FAMAS.

    Pendant ce temps, dans l’ARAVIS, le caporal-chef Roussel crie :
    — « Positionnez vous à gauche du blindé, ennemi à droite ! Débarquez ! »
    L’équipe du génie sort du véhicule par la porte de gauche, Le soldat Roux se positionne à l’arrière du blindé, prêt à faire feu.
    La mitrailleuse de 12,7 martèlent l’horizon. Des colonnes de sable s’élèvent sous l’impact des balles.

    Un RPG explose à un mètre de l’arrière du VAB, projetant un soldat sur le flanc.
    — « Où est-ce que tu es touché ? » hurle le soldat Aimé Koffi en traînant son camarade vers l’arrière du VAB.
    Le soldat Karim Bensaïd est blessé au bras par un éclat. Koffi donne les premiers soins à son camarade.

    Un tireur rebelle sort de son abri et vise avec son RPG, Lucas l’abat aussitôt, mais un autre vise et tire. Le projectile explose près du caporal Gauthier. Adrien quitte son poste et rejoint son frère. Les deux tireurs de précision, les frères Martin, se portent au secours du caporal. Ses blessures sont graves. Le sergent Perrin, en voyant celles ci, pris la radio :
    — « GAO, ici FENNEC-2, J’ai pour le moment deux blessés ! Un grave et un léger ! Demande Evasan ! Reçu, parlez. »
    — « FENNEC-2, ici GAO, reçu ! Pouvez vous établir une DZ ? Parlez. »
    Le sergent Perrin soupir :
    — « Impossible GAO. Il n’y a pas de zone sécurisable. On a besoin de plus de renfort. Parlez »
    — « Reçu… »
    La situation dégénère. Les explosions de mortiers et de RPG empêchent le sergent d’entendre la réponse.
    — « Répétez GAO. Parlez. »
    — « Je répète, reçu. Alouette annonce arrivée estimée à cinq minutes, à vous, parlez. ”
    — « Ici, FENNEC-2. Reçu, Terminé. »

    Le sergent Perrin rampe sur le sol, pour rejoindre les Frères Martin.
    — « Comment va Gauthier ? »
    — « Pas bien, sergent. »
    — « Bon, reprit le sergent Perrin. Adrien, peux-tu te glisser jusqu’au VBL ? Je veux connaître le statut de l’équipage. Et, annonce moi une bonne nouvelle, s’il te plait . »
    Une bonne nouvelle serait la bienvenue. Il en a besoin, et il pense que le groupe en a besoin aussi.
    — « A vos ordres sergent. »

    *****

    Adrien Martin fonce jusqu’à l’avant du VAB. Morel est descendu du poste de pilotage et use de son FAMAS, à l’abri du VAB. L’horloger rattrappe Adrien et avec un sourire, il dit :
    — « Je te couvre, petit. »
    Petit, il n’est pas si petit que ça ! Il est même plus grand que le caporal, se dit Adrien.
    Adrien regarde dans la direction du VBL couché sur son flanc gauche, les trappes du toit ouvertes. il aperçoit un casque. Il prend son courage à deux mains et s’élance. Les balles ennemies claquent. L’horloger se met à découvert pour user de son arme et couvrir le sniper. Adrien est derrière le VBL. Il passe sa tête par les trappes, et examine les deux hommes. Il se retourne vers le sergent, il fait un geste de la main pour signaler pas terrible.

    Soudain, un groupe de rebelles traverse la route pour encercler le convoi.Un bruit familier caractéristique d’un hélicoptère fend l’air. Deux TIGRE sortent de la vallée, comme ci, ils sortaient de terre.
    — « FENNEC ! Ici, ALOUETTE, en vue, PAX en mouvement, Nord de votre position, on traite, planquez vous. » annonce une voix à la radio.
    Les TIGRE crachent une pluie de 30 mm, labourant les positions ennemies qui tentent l’encerclement. Les rebelles se replient.
    — « FENNEC ! Nous sommes à court de balles et de carburant. On sort d’opération et nous ne pouvons pas faire mieux. Nous rentrons ! Gao annonce l’arrivée sous peu de “PANTHÈRE”, ”PIRATE” et deux équipes FS. Estimation 10 minutes. Terminé ! »
    — « Reçu, terminé »

    Le sergent Perrin sent le désespoir l’envahir. Il touche Benali pour qu’il le suive de l’autre côté du VBL. Sous les tirs ennemis, le sergent et son radio bondissent jusqu’au véhicule. Ils peuvent entendre les gémissements du lieutenant et son pilote. A l’aide de l’intercom, il appelle le sergent-chef Dubreuil.
    — « Xav’ peux tu envoyer des hommes pour sortir Armand et Marchand ? »
    — « J’arrive avec deux gars ! A tout de suite. »
    Le sergent-chef, les soldats Kader et Olivier foncent vers le VAB, puis vers le VBL. Avec précaution, ils extraient les occupants du VBL, ils donnent les premiers soins.
    — « Xav’, nous devons emmener les blessés dans l’ARAVIS. Et il dégage pour rejoindre le convoi terrestre. »
    — « OK, d’ac ! Faut peut pas rester là ! Le sniper en couverture, poste toi à l’arrière du VBL. Toi, en désignant Koffi, va à l’avant. Les autres en route. »

    Chaque blessé est porté par deux hommes, les bonds vers le VAB se font sans accroc. La radio crache un nouveau message :
    — « Ici, AIGLE-1, FENNEC-2, 1 kilomètre, au sud de votre position, un convoi de véhicules fonce vers vous. Possibilité de faire un seul passage. Bien pris. »
    — « AIGLE-1, ici FENNEC-2, annonce le sergent Perrin, reçu. Feu à volonté. »
    Les deux RAFALE virent et se mettent en position de bombardement, lâchent leurs bombes. La colonne rebelle est prise dans les flammes des explosions.
    — « FENNEC-2, ici AIGLE-1, annonce plusieurs véhicules détruits, deux encore en mouvement. Désolé les gars, on est à court de carburant, nous décrochons. Bien pris. »
    — « AIGLE-1, ici FENNEC-2 reçu. Merci les mecs. Terminé »
    — « Fais chié ! Xav’, on devrait positionner l’ARAVIS pour nous protéger des véhicules rebelles. S’il part seul, les gars sont foutu ! T’en penses quoi ? »
    — « T’as raison. Je vais transmettre à l’équipe… »

    A l’arrière du VAB, Lucas tire coup sur coup, il veut prendre les musettes abandonnées. Il se relève, cours, attrape le premier sac, le jette vers le blindé, prend l’autre par une bretelle et retourne à l’abri dans le VAB. Les balles tapent tout autour de lui. Il ouvre les sacs et sort munitions et matériel de soin. Le véhicule est secoué brutalement.

    Le souffle d’une explosion de mortier balaye les hommes derrière le VAB. Les deux sergents, le lieutenant, son pilote et le radio Benali gisent au sol, Kader est assis à genoux le visage en sang, tandis qu’Olivier est accroché à l’arrière du véhicule. Pour ne pas arranger les choses, un RPG chanceux frappe la caisse avant de l’ARAVIS. Les hurlements de douleurs du caporal-chef Roussel interpellent Delorme et Roux qui défendent l’extérieur du véhicule. Les deux hommes extraient leur camarade de l’habitacle. La malchance poursuit son œuvre. Le caporal Dubois cri :
    — « Putain de putain, fait chié. Je suis à court de munitions, je ne pourrais pas recharger sans couverture. »
    Il quitte son poste et sort du côté du poste de pilotage du VAB.

    *****

    A peine sorti du blindé, le caporal Dubois est surpris par l’odeur de poudre et de poussière. Le gémissement des blessés et les paroles de ceux qui les soignent. Le premier homme qu’il voit c’est Karim adossé dos au VAB, le bras en sang. A sa gauche, le caporal Gauthier assis, couvert de poussière et de sang, inanimé.
    — « C’est la hess !? » dit Karim
    — « Tu peux tirer ? » répond Dubois
    — « Oui, je peux faire ça. »
    — « Va à l’avant du VAB, descend le premier qui approche ! »
    Puis se tourne vers le VBL, voit Adrien et Aimé assuré la protection.
    — « Adrien ! Aimé ! Tenez votre position ! Visez pour tirer »
    Ensuite, Dubois se retourne et il est pris de panique, se fige un instant. Le sol est parsemé de morceaux de pneu du VAB, de motte de terre et ses compagnons, certains gisant au sol et d’autres leurs portant secours.
    Beaucoup de blessés ou pire, peu d’hommes pour les aider. Il rejoint Lucas, Morel et l’horloger.
    Un à un, les blessés sont mis à l’abri, reçoivent les premiers secours. Du côté de l’ARAVIS,
    Delorme repris sa position à l’arrière du véhicule et abat un rebelle trop près. Roux lui s’occupe de Roussel.

    — « Caporal ! On va être à court de soins et de munitions. » crie l’horloger.
    — « Bon, à tous, on doit tenir, récupérer les munitions ! Visez bien, il faut économiser ! »
    Les minutes s’étirent. Les chargeurs se vident. Les hommes comptent leurs balles. Une nouvelle explosion près du VAB, secoue les hommes débarqués. La radio crépite :
    — « FENNEC-2, ici GAO, par ordre du président, la cellule “OMBRE” est activée. Renfort sous peu. reçu, parlez. »
    Des explosions se font entendre venant du sud.
    — « FENNEC-2, ici PANTHÈRE, en compagnie de PIRATE et des FS, en approche. Destruction de trois véhicules. Reçu, parlez. »
    Personne ne bouge .Pas de réponse.
    — « GAO, ici PANTHÈRE, FENNEC ne répond plus. reçu, parlez »

    *****

    Les 2 TIGRE de l’équipe PANTHÈRE, leurs silhouettes grises et filiformes glissent dans le ciel. Ils saturent l’espace de la zone présumée des rebelles avec leurs roquettes. Les insurgés se terrent derrière les gros rochers.
    Venant du nord, croisant les deux TIGRE, un hélicoptère CARACAL, carlingue gris-bleu, pose ses roues sur la piste. A sa gauche, La mitrailleuse de sabord crache en direction des rebelles. Cinq hommes débarquent par le côté droit et courent vers le convoi. Un sixième homme se rue vers l’ennemi retranché.
    Remplaçant les hélicoptères de combat, survolant la colonne, un hélicoptère PUMA se fixe en mode stationnaire, équipé d’un canon de 20 mm, communément appelé PUMA PIRATE, arrose la zone, afin de protéger le CARACAL. Les douilles tombent de l’engin vert et aux motifs brun et noir, sur les casques et épaules des hommes au sol. L’hélicoptère gris bleu prend son envol et quitte la zone. Une fois hors de danger, il est rejoint par le PUMA PIRATE.
    Les TIGRE, revenant du nord, remplacent les deux autres appareils volants, usant, cette fois-ci, de leurs canons de 30 millimètres. Ce terrifiant ballet aérien, brutal et saturé de feu, a pour effet de forcer l’ennemi à se cacher, donnant du répit aux soldats français.

    *****

    Le groupe de cinq hommes rejoint le VAB en contournant le VBL. Dubois voit un homme venir vers lui, sa tempe lui fait mal, il saigne.
    — « Je suis le médecin-colonel Delmas, bougez pas, vous êtes blessé. Taz, Ghost, Bear et Fox, sécurisez les lieux. »
    — « GAO, ici OMBRE, radio de FENNEC hs. La colonne est au tas. Reprise du commandement. Terminé. »
    — « OMBRE, ici GAO, reçu. Les FS s’occuperont de l’évacuation. Renforts terrestres arrivés estimés à 3 heures. Terminé. »
    Dubois se remet du choc, et dit à Delmas
    — « Colonel, je veux continuer le combat ! Pas question de rester derrière ! »
    — « Je te comprends mon garçon, ta blessure n’est pas si grave, je te met un pansement et tu y vas ! »
    Delmas enserre la tête de Dubois avec un bandage et aide le caporal à se relever. Il titube mais reprend son équilibre. Ses mains tremblent. Difficilement, il recharge un chargeur.
    Dubois rejoint Karim à l’avant du VAB. Ils sont témoins d’une scène irréaliste.
    Du côté des rebelles, un homme, recouvert de camouflage désertique, amas de tissus et de feuilles, au mélange de couleur jaune sable et brun, un FAMAS dans les mains, ouvre le feu. Un rebelle tombe. Un deuxième. Puis, un troisième. Un cri se fait entendre :
    — « Adu ! Adu ! [ombre du désert] Shaytān [Démon] ! »
    — « Adu Shaytān ! Adu Shaytān ! » repris le groupe rebelle. La panique gagne le camp ennemi. Les insurgés fuient vers les montagnes. Un rebelle tombe, puis un autre.
    Les TIGRE et le PUMA PIRATE apportent leurs contributions de mort, dans ce massacre macabre.
    Dubois remarque, l’homme toujours debout, sautant de position en position, abat ennemi après ennemi, comme si ses yeux et son arme étaient reliés par magie.
    Un tir, un mort.
    Les pâles d’hélicoptère soulèvent les cailloux et la poussière, Dubois tourne la tête, un NH90 figé dans le vide, portent ouvertes, des hommes armés sautent et courent vers eux, enfin les FS, ça doit être le 1er RPIMa. L’appareil s’envola et laissa la place à son homologue. Un autre groupe s’extrait de l’engin figé, lui aussi, au-dessus du vide. C’est le 13e RDP !
    Delmas prend contact, Dubois entend la triste nouvelle :

    • Le lieutenant Lemaire, un si bon chef !
    • le sergent Perrin, un bon copain !
    • Malik, ses blagues et sa bonne humeur !

    Tous venaient d’être déclarés morts au combat !
    Dubois n’entend plus, les explosions, les tirs, l’ordre d’évacuer les blessés graves. Un homme lui crie :
    — « En avant caporal ! »
    Un membre des forces spéciales lui ordonne de reprendre le combat.
    — « Sergent chef Bailly du 13 ! Tu veux reprendre le combat, alors en avant ! »
    Bailly est petit mais très robuste, avec une ossature large et une carrure musclée, le visage fermé, taillé à la serpe. On devine qu’il a passé trop d’années en guerres.
    Dubois se ressaisit. Récupère les munitions que le sergent-chef lui donne et monte à l’assaut, il ne voit plus, même le reste de son équipe qui le suivent. Il avance tel une machine. Sa tête le fait souffrir. Une main le soutient, il regarde c’est Karim et derrière, il voit les frères Martin. Il reprend vie, il avance vers la crète. Les deux snipers l’ont dépassé et couvrent la progression. Bailly les suit.

    Arrivé en haut de la crête, Dubois voit cet homme, accroupi derrière un gros rocher, il observe. Son camouflage le rend presque invisible. Un groupe de combat arrive et vont rejoindre le tueur solitaire. C’est la cellule OMBRE, annoncée par la radio.
    Dubois se retourne et voit l’hélicoptère NH90 prendre son envol, il y a certainement ses camarades blessés. Une vague de froid lui parcourt son dos. “l’horloger” arrive avec le reste du groupe. Aimé Koffi et Morel du groupe VAB. Delorme et Roux du groupe génie.
    Les équipes des forces spéciales arrivent et se positionnent prêt à bondir. Dubois réfléchi, il positionne chaque membre de son groupe.
    — « Nico (“l’horloger”), tes snipers là bas en couverture » Dubois désigne un piton rocheux qui surplombe la crête.
    — « Les autres avec moi, une fois les snipers en position, on fonce dans le tas ! »
    Les snipers en place, le groupe des rescapés sort de son couvert… Mais, les hommes de la cellule OMBRE font signe à tous les groupes : Fin du combat !

    *****

    Assis sur une grosse pierre, Dubois se touche la tempe, le sang sur sa main lui rappelle les mauvais souvenirs de sa vie. Son groupe a ouvert des boîtes de ration. Les forces spéciales leur ont donné l’ordre de se reposer. Les rescapés n’auraient pas été plus loin, ils sont au bout de leur capacité. La fatigue a pris sa place. Celle qui lui revenait de droit, assise sur des hommes vidés.
    Il est temps ! Ils ne sont que des hommes, eux, se dit Dubois quand il regarde ce démon du désert.

    Bailly vient tenir au courant le groupe, une cinquantaine de rebelles tués !
    — « ça pas dû être facile, eux ici, vous en bas »
    Le sergent-chef Bailly regarde le VBL, les renforts s’acharnent pour le remettre sur ses quatres roues et le VAB vient de partir sur trois roues, remorqué par un TRM 10000.
    — « Le plus dûr c’est de ne rien faire. Personne n’a compris cette mission. Bâclé depuis le départ. Mais, quel idiot nous a amené là ? »
    Dubois parle de manière laconique, l’air hagard. Il cherche quelque chose, quelqu’un ?
    L’hélicoptère CARACAL approche.
    — « Rien à dire ! Pas de coupable ! C’est officiel ! »
    L’appareil touche le sol, la porte latérale s’ouvre. La cellule OMBRE grimpent à bord, le démon, cet homme, lui, est le dernier à quitter cette crête maudite.
    L’engin prend de l’altitude et s’éloigne.
    Dubois se demande si une autre unité attend son tour pour être secouru !
    Sur la piste, le VBL part sur le plateau d’un camion.
    Un autre bâché attend les rescapés pour les ramener à la base. Les emmener loin de cet endroit maudit !
    Loin de…

    NIGHTWISH


    Fin de l’anecdote “Existe…”


    Cette histoire est une fiction inspirée de contextes réels.
    Elle a été imaginée et rédigée par Raulgarth, avec l’appui de Sergent-Chef Marcel1 pour la correction, la documentation et la réflexion narrative.



    A suivre :

    Retour à :



    Histoires Annexes :



    1. ChatGPT de OpenAI ↩︎

    Base de Gao (Mali), 18 Février 2015, 9h15. — « Il… il existe ? »Le caporal Dubois peine à soutenir le regard des officiers. Ses mains tremblent légèrement. La douleur de sa tempe le rappelle à chaque instant. Le bandage lui semble trop serré. Ses yeux sont cernés : la nuit passée, malgré qu’elle fut…

  • Anecdote 1 : Il…

    Anecdote 1 : Il…

    Afghanistan, 06 septembre 2007 — 17h

    Dans une vallée désertique, une route serpente.
    Trois pick-up roulent à vive allure.

    À l’arrière de celui du centre, John Keller, jeune agent de la CIA.
    Mains attachées. Visage tuméfié.
    Autour de lui, des hommes armés crient en arabe et en pachtoune, rient, le bousculent du canon de leur AK-47.

    La tête lourde, groggy par les coups reçus, Keller est envahi par ses souvenirs, il s’évanouit.

    *****

    Quelques heures plus tôt — 08h00
    Station “Eagle East”, Kaboul Est

    Située à l’écart de la route Kaboul/Jalalabad, derrière un haut mur de briques de trois mètres, se dresse la station “Eagle East”.
    Une grande maison fortifiée, abritant une petite cellule secrète de la CIA.

    Keller y a été détaché quelques mois plus tôt.
    Sa mission : nouer le contact avec des habitants locaux, les convaincre de s’opposer aux Talibans et aux autres groupes rebelles de la région.
    Parmi ses contacts, Hassan et son fils. Deux alliés précieux.

    Dans son bureau, le colonel Richard Hayes, 50 ans, visage marqué mais regard paternel.
    Keller frappe et entre.

    — « Keller ! Les ordres viennent de tomber », dit le colonel.
    — « Tu retrouves ton indique et tu l’exfiltres vers le point d’extraction. Sa sécurité est compromise et nous devons connaître les informations sur le Harakat al-Jihad al-Islami fi Khorasan. »
    — « Bien, monsieur. Ce sera fait », répond Keller, les mains moites, la gorge sèche.
    — « Es-tu sûr de cet homme ? »
    — « Oui, monsieur. Il s’est déjà mouillé plusieurs fois. Il a risqué sa vie et celle de son fils. Grâce à lui, nous avons déjoué plusieurs plans de ce groupe. J’ai confiance. »

    Hayes soupire.
    — « Le problème, c’est que nous serons seuls sur cette mission. Les Talibans minent les itinéraires, ils piègent nos convois, nous n’aurons pas de renfort avant plusieurs heures. Mais pour l’instant, ils sont trop occupés pour s’intéresser à vous. Sois prudent. »
    — « Bien, monsieur. »

    Hayes se renverse sur son siège.
    — « Je préférerais éviter de demander de l’aide… surtout pas aux Français. »
    Keller sourit malgré lui :
    — « Qu’ils s’occupent des chèvres afghanes. »
    Hayes esquisse un rictus.
    — « Prépare ton matériel. Départ immédiat. »

    Keller quitte le bureau.
    Il vérifie son équipement : munitions, radio, carte, kit de survie.
    Dans le miroir de l’armurerie, il se regarde une seconde, ajuste son gilet pare-balles, puis sort.

    *****

    Le pick-up est secoué par les trous et les bosses de la piste, Keller revient à lui. Les liens qui lui serrent les mains lui cisaillent la peau. Sa tête tourne, la douleur pulse à ses tempes. La chaleur se dissout… et soudain les murs sont gris, sans fenêtres…

    Un ventilateur grince au plafond.
    Une lampe suspendue éclaire une table métallique sur laquelle repose un dossier cartonné estampillé SECRET.
    John Keller, tenue militaire, debout devant une table, les jambes écartées, les mains jointes dans le dos. Il attend. Son cœur bat plus vite qu’en opération.

    La porte s’ouvre.
    Trois personnes entrent, sans un mot. Deux hommes, une femme. Tous en civil, mais leurs gestes trahissent l’habitude du terrain.
    L’un d’eux ouvre le dossier. Les pages bruissent.

    — « John A. Keller. Vingt-deux ans. Quatre années chez les 75th Rangers. »
    Un silence. Des yeux clairs qui l’examinent.
    — « Irak en 2003. Afghanistan depuis 2004. Décorations correctes, aucune sanction disciplinaire. »
    — « Pourquoi quitter les Rangers ? »

    Keller avale sa salive.
    — « C’est un rêve de gosse, j’ai toujours rêvé de ressembler à James Bond. »
    — « Nous ne sommes pas au cinéma, c’est bien différent ! » Dit la femme.
    — « Je n’étais qu’un enfant, à l’époque. Mes goûts ont changé depuis. Je suis devenu fan de Tom Cruise !  » Sur l’instant, il a eu peur qu’il soit pris pour un frimeur.

    Un autre lève lentement les yeux.
    — « Ici, il n’y aura pas de drapeau. Pas de reconnaissance. Si vous tombez, votre pays dira qu’il ne vous connaît pas. Ça vous convient ? »
    — « Oui, monsieur. »

    La femme reprend la parole, voix douce mais tranchante :
    — « Avez-vous déjà dû tuer quelqu’un de très près ? »
    — « Oui. »
    — « Avez-vous déjà hésité ? »

    Keller marque un silence.
    — « Une fois. J’avais dix-neuf ans. Depuis… je sais pourquoi je tire. »
    Elle hoche la tête, prend des notes sans expression.

    Le premier recruteur referme doucement le dossier, mais ne détourne pas les yeux.
    — « Dernière question. Si on vous ordonne de neutraliser une cible qui vous a sauvé la vie, vous obéirez ? »

    Keller serre la mâchoire.
    — « Si c’est la mission, oui. »

    Un silence pesant s’installe. Les trois recruteurs échangent un bref regard, sans un mot.
    Le ventilateur grince toujours au plafond.
    — « C’est tout pour aujourd’hui. »

    Ils se lèvent, ramassent le dossier et quittent la pièce sans se retourner.
    La porte claque doucement.

    Keller reste seul.
    Il sent son cœur cogner dans sa poitrine, incapable de savoir s’il vient d’entrer dans l’ombre… ou d’être écarté à jamais. Il se rappelle de ce moment, c’était fin 2004 sur l’aéroport de BAGRAM.

    *****

    Une secousse plus violente que les autres le tire un instant de sa torpeur.
    L’un des kidnappeurs tourne la tête ; leurs regards se croisent. Un coup part, sec.
    Un goût de sang envahit sa bouche.
    Puis tout redevient flou.

    Midi — Périphérie de Kaboul

    La voiture s’arrête dans une ruelle étroite, entre deux murs en terre crue.
    La chaleur de midi pèse sur Kaboul ; l’air vibre au-dessus des toits plats.
    Keller sort rapidement du véhicule, remonte le col de sa chemise et balaye les alentours du regard.
    Des femmes passent, les bras chargés de sacs de provisions, tandis qu’un vieil homme pousse une charrette grinçante remplie de melons poussiéreux.
    Il inspire profondément : un mélange âcre de poussière, d’épices et de fumée de gasoil sature l’air.

    La petite place du marché est animée.
    Sous des bâches en plastique rouge et vert, les marchands vendent leurs denrées : sacs de pommes de terre, tas d’oignons, caisses de tomates, carcasses de chèvres suspendues aux crochets.
    Le boucher abat son couteau sur la planche dans un bruit sec.
    Un vendeur d’épices ouvre un sac de curcuma qui embaume la rue, tandis qu’un enfant crie pour vendre quelques œufs.
    Les couleurs vives contrastent avec les murs en torchis blanchis à la chaux.
    Au centre, un puits sert de point de rencontre ; deux enfants y jouent en lançant des cailloux dans l’eau.

    Keller traverse la place et repére l’enseigne peinte à la main :
    چای‌خانهٔ سرخ – Chai Khana-e-Surkh
    Le rideau de tissu rougeâtre oscille dans la brise.

    L’intérieur est sombre, plus frais.
    Le sol en terre battue dégage une odeur de poussière, les murs nus semblent absorber le bourdonnement des conversations.
    Dans un coin, un samovar fume doucement, emplissant la pièce de l’odeur forte du thé noir et du charbon.
    Quelques hommes discutent autour de tables basses, verres de thé à la main, tandis qu’un jeune serveur rince des verres dans un seau.

    Assis à l’une des tables, Hassan se lève dès qu’il voit Keller.
    Grand, vêtu d’un shalwar kameez beige légèrement poussiéreux, barbe noire bien taillée, regard sombre mais franc.
    Son visage porte les rides de quelqu’un qui a vu trop de choses, mais un sourire sincère éclaire un instant ses traits.

    — « Hassan, mon frère ! » dit Keller en lui serrant la main.
    — « John, mon ami, mon cœur se réchauffe toujours quand je te vois. »

    Les deux hommes s’étreignent chaleureusement, échangeant quelques mots banals.
    — « Hassan, comment va ton garçon ? »
    — « Bien. Alhamdulillah ! Il va bien. »
    — « Et ta femme ? »
    — « Bien aussi ! Et toi, pas encore marié ? »
    — « J’ai hâte de revoir ma femme… » répond Keller en pensant à Anne-Lise.

    Dans le chai khana, Hassan jette un coup d’œil vers l’entrée. Son sourire s’éteint.

    Dehors, un bruit sourd fait vibrer les murs : un moteur de pick-up, puis un autre.
    Hassan se fige. Des hommes armés fouillent le quartier, ils vont à la voiture de Keller.

    — « On y va ? » reprend Keller, inquiet.
    — « Attends, mon ami. C’est le Taleb. Suis-moi, je connais un chemin sûr. Ils ne nous attraperont pas. »

    Les deux hommes passent derrière le comptoir et franchissent la porte de service.
    Ils débouchent dans une ruelle étroite, bordée de murs de torchis.

    En sortant, Keller ne fait pas attention au bref hochement de tête que Hassan échange avec un homme accroupi dans la ruelle.
    L’ombre des bâtiments les protège un peu de la chaleur écrasante.
    Hassan avance vite, jetant des regards réguliers derrière lui.
    Ils croisent deux hommes assis sur un muret ; Hassan les salue d’un signe de tête.

    Keller, concentré sur ses pas, ne voit pas que les hommes se redressent et les suivent.
    Plus loin, deux autres silhouettes surgissent de la ruelle transversale, leur barrent la route.

    Un silence pesant tombe.
    Keller sentit son cœur cogner contre ses côtes.
    Le temps semble se figer.

    Puis un coup violent s’abat sur sa nuque.
    Sa vue se brouille, il s’effondre sur les genoux avant de sentir les coups pleuvoir sur ses côtes et ses jambes.
    Les silhouettes autour de lui deviennent floues.
    La dernière chose qu’il perçoit c’est la poussière qui se soulève sous leurs pas, avant que tout ne devienne noir.

    En cet instant, John Keller cesse d’être un agent pour devenir une proie. Il est un otage de plus dans la guerre de l’ombre.

    *****

    Allongé dans l’herbe au bord du lac, John passait doucement sa main sur le visage d’Anne-Lise.
    Elle avait les yeux fermés, offerte au soleil du printemps, un sourire tranquille aux lèvres.
    Ses doigts effleuraient sa joue tiède. Elle était heureuse.
    Ils s’étaient mariés trois jours plus tôt, malgré les réticences de leurs familles :
    ses parents à elle redoutaient qu’elle épouse un militaire ;
    ceux de John craignaient pour leur fils unique et voyaient en elle une fille à problèmes.
    Mais rien n’avait compté. Elle était devenue Madame Keller.

    John se pencha et déposa un baiser tendre sur sa bouche.
    Elle sourit sans ouvrir les yeux : c’était son mari.

    Les souvenirs se superposaient…
    Quinze ans. Ils se détestaient alors, s’ignoraient dans les couloirs du lycée comme deux ennemis silencieux.
    Puis ce jour de pluie…
    Son vélo à elle avait crevé ; elle était trempée, désespérée.
    Et soudain, un abri : un parapluie noir.
    John.
    Il ne l’avait même pas reconnue tout de suite.
    Elle, trempée, cheveux collés à son visage… et pourtant belle.
    Lui, hypnotisé, incapable de parler.
    Ce jour-là, tout avait changé.

    Quand il avait annoncé qu’il voulait s’engager, elle avait accepté, même si son cœur se serrait.
    Quand il était parti, elle avait pleuré.
    Quand il lui avait demandé sa main, elle avait crié « Oui ! » sans hésiter.
    Et le jour de leur mariage, elle était la plus belle femme qu’il ait jamais vue.

    Un choc brutal.
    Sa tête heurte quelque chose de dur.
    Le parfum d’herbe humide disparaît.
    Le bruit du lac s’éteint.

    John ouvre les yeux.
    L’odeur âcre de poussière et de gasoil chasse d’un coup la douceur du souvenir.
    Le grondement sourd du moteur vibre jusque dans sa poitrine.
    Autour de lui, des voix parlent une langue qu’il ne comprend plus.

    Tout ce qui restait du lac et d’Anne-Lise s’évanouit comme un mirage.

    Keller sent un gouffre s’ouvrir dans sa poitrine.
    Il veut rentrer.
    Il regrette.
    Tout semble si loin — Anne-Lise, le lac, le printemps…
     

    *****

    18h00 — Un village isolé

    Les pick-up traversent une vallée sèche et atteignent un hameau accroché au flanc de la montagne.
    Le soleil bas écrase le village d’une lumière rougeoyante.
    Les maisons en torchis semblent vides, les portes closes, les fenêtres couvertes de poussière.
    Seul le vent soulève un voile de poussière qui danse dans l’air.

    Le véhicule s’arrête brusquement.
    Keller est tiré à bas du pick-up, ses genoux raclant le sol caillouteux.
    Un goût métallique de sang envahit sa bouche.
    Les hommes rient, parlent fort en pachtoune.
    Il est traîné par les pieds jusqu’à une grande maison de torchis, sans signe de vie autour.

    À cet instant, Keller sait que personne ne viendra.
    Pas ici.
    Pas dans ce trou perdu au milieu des montagnes.
    C’était fini.
    Il ne reverrait jamais Anne-Lise.

    L’air à l’intérieur est lourd, chargé de poussière et d’odeur de sueur.
    Une lampe à pétrole posée sur une caisse jette une lumière jaunâtre et vacillante.
    Les murs de terre absorbent le peu de son qui reste, donnant l’impression d’être enterré vivant.
    On l’attache à une poutre centrale, les cordes serrant ses poignets au point de les engourdir.
    Ses yeux s’habituèrent lentement à la pénombre :

    Tapis usés au sol, kalachnikovs posées contre les murs, restes de nourriture sur une table basse, quelques matelas à même le sol dans un coin.

    Hassan s’approche.
    Ses traits sont devenus durs, son regard froid.
    — « Je suis Hassan al-Khorasani, chef du Harakat al-Jihad al-Islami fi Khorasan. »
    Sa voix est brisée et pleine de colère contenue.

    Keller ouvre la bouche, incrédule.
    — « Mais Hassan ! Pourquoi tu fais ça ? Nous sommes amis, non ? Je ne te comprends pas. »

    Hassan se détourne vers le mur, pince ses lèvres comme pour retenir un souvenir trop lourd. Il parle lentement, chaque mot pesé :
    — « J’avais un fils, un autre fils, Latif ! Il était bon. Toujours prêt à aider les autres.  Alors qu’il voulait aider un vieil homme infirme à passer un point de contrôle, des américains, ton peuple les ont tués, tous les deux ! »

    Keller sent la phrase comme un coup de poing. Sa voix tremble :
    — « Mais pourquoi tu ne m’as rien dit ?. »
    — « J’ai rien dit, car j’ai vu en toi l’occasion de me venger de ton peuple. Demain, tu seras exécuté pour l’exemple, et ton pays te verra mourir, en mémoire de Latif. »

    Un autre homme se pencha vers lui et cracha :
    — « CIA… tomorrow, camera… you die. »

    Il vérifie la corde, puis sort.
    Les autres éclatèrent de rire.

    Keller baisse la tête.
    Ses mains engourdies ne répondent plus.
    Il sent la sueur froide couler dans son dos, le goût du sang sur sa langue.
    Chaque battement de cœur résonne dans ses tempes comme un tambour.
    Son esprit se mit à tourner à toute vitesse : Anne-Lise, son père, les dernières paroles de Hayes avant de partir.
    Puis tout ralentit.
    La peur devint lourde, épaisse, comme une chape de plomb.
    Ses jambes tremblaient, mais il n’avait plus la force de se débattre.

    Il pense à son pays.
    Aux amis qu’il ne reverrait plus.
    À la caméra qui filmerait sa mort demain.

    Keller comprit qu’il n’est plus qu’un otage, une marchandise vouée à être détruite devant le monde entier.
    Il ferme les yeux.
    C’était fini.

    *****

    23h — L’homme en noir

    Dans la maison, les hommes rient encore, parlant fort, mâchant leur pain sec et buvant du thé.
    Keller, toujours attaché à la poutre, les regarde d’un air vide.
    Son esprit s’est presque détaché de son corps.

    Par une ouverture du mur, il aperçoit un fragment de ciel étoilé.
    Dehors, des voix échangent à voix basse : les miliciens de garde.
    Le crépitement des flammes se mêle aux bruits des grillons et aux aboiements lointains d’un chien.
    Personne, à part lui, n’est inquiet.

    Puis un son étrange rompt la nuit.
    Une masse chute lourdement.
    Le métal d’une arme résonne en heurtant le sol.
    Une voix appelle, hésitante :
    — « Ahmed ? »

    Un claquement résonne dans la nuit.
    Un autre bruit comme si une personne s’effondrait à terre.
    Un cri coupé net, suivi d’un corps qui chute.
    Seul le feu crépite encore, autrement les bruits ont disparu.

    Un silence étrange s’installe dans la maison. Keller observe la peur sur les visages de ses geôliers.
    Hassan lève la main, ses yeux se durcissent.

    — « À vos postes ! » aboie-t-il.
    Les hommes saisirent leurs armes, se préparant à sortir.

    La porte grince.
    Lentement.
    Comme poussée par le vent.

    Keller voit une ombre qui se découpe dans l’encadrement, silhouette basse, immobile.
    Un homme en noir.
    Combinaison de combat, gilet, casque, cagoule.
    Deux yeux marron inexpressifs fixent chacune de ces cibles .
    Un fusil d’assaut équipé d’un silencieux pointe droit devant.
    Il appuie sur le bouton de la lampe fixé au canon.
    Un éclair aveuglant claque.
    Les hommes, perturbés, restent immobiles.

    Il tire.
    Le premier homme s’écroule, balle dans l’œil.

    Il tire à nouveau.
    Le deuxième s’effondre sur la table, son sang éclaboussant le mur.

    Trois autres impacts claquent.
    Chacun précis, chacun dans la tête.
    Les corps tombent l’un après l’autre, comme des pantins dont on a coupé les fils.

    En quelques secondes, la pièce est jonchée de cadavres.
    Seul Hassan reste debout, son arme tremblant dans ses mains.
    — « Shaytān ! Shaytān ! » [Démon] hurle-t-il, la voix brisée par la peur.

    Mais l’homme en noir ne bouge pas.
    Il presse doucement la détente.

    Il tire.
    La balle frappe Hassan en plein front.
    Son corps s’écroule, inerte.

    Le silence retombe.
    Seul le cliquetis métallique d’une douille roulant sur le sol résonne dans la pièce.Keller, toujours attaché à la poutre, fixe l’homme en noir, incapable de croire ce qu’il vient de voir.
    Le silence ! Le silence est total.

    L’homme s’avance.
    Un mètre quatre-vingt environ.
    Silhouette musclée mais sans excès.
    Ses yeux marron, inexpressifs, semblent percer l’obscurité.
    Sa respiration est lente, parfaitement maîtrisée.
    À chaque pas, on n’entend que le léger froissement du tissu de son treillis.

    — « Qui êtes-vous ? » souffle Keller d’une voix brisée.
    Pas de réponse.

    Juste ce regard froid, fixe, qui l’examine quelques secondes.
    — « Mais… qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? »
    Toujours pas un mot.

    L’homme lève lentement son bras gauche.
    Sur la manche, fixées par des bandes élastiques, plusieurs photos plastifiées :
    Hassan. Ses hommes. Et Keller.

    L’homme s’agenouille, détache les liens des pieds de Keller d’un geste précis. Puis il se relève et tranche ceux de ses mains. Il le soutient quand son corps est enfin libéré.

    Keller se laisse guider.
    Ses jambes tremblent encore, mais il suit l’homme hors de la maison.

    Au loin, un grondement monte, couvrant les battements de son cœur.
    Un hélicoptère approche.
    Les pales fouettent l’air, soulevant poussière et sable.

    *****


    Un CARACAL français se pose dans un pré aux abords du village, ses turbines hurlant dans l’obscurité.

    L’homme en noir ne dit rien.
    Il se contente de pousser Keller vers l’hélicoptère.

    Deux commandos sautent au sol, prennent immédiatement le relais de l’homme en noir et soulevent Keller par les aisselles.
    Ils l’emmènent en courant jusqu’à l’hélicoptère et le hissent à l’intérieur.

    Un médecin en treillis s’agenouille aussitôt devant lui, lampe de poche à la main.
    — « Je suis le médecin-colonel Delmas. »
    Il écarte doucement les paupières de Keller, vérifie la réaction de ses pupilles.
    — « Bon. C’est ok. » lâche-t-il d’un ton sec.
    Il passe brièvement ses mains sur les côtes et les bras de Keller.
    — « Pas de fracture apparente. Vous êtes entier. »

    Puis, d’une voix ferme :
    — « On est de l’armée française. Vos supérieurs nous ont appelés. Vos SEALs n’étaient pas disponibles. »

    Il pose une main sur l’épaule de Keller, un bref sourire aux lèvres :
    — « Le colonel Hayes n’était pas ravi, mais les ordres viennent d’en haut. »
    Delmas marque une pause, son regard dur s’attarde sur Keller :
    — « Nous avions averti vos supérieurs de la trahison de Hassan il y a plusieurs mois. Ils ont préféré attendre… pour confirmer leurs soupçons. »

    Keller sent son estomac se nouer.
    Toutes ces semaines d’efforts, cette infiltration… et tout cela n’a été qu’un test.

    Mais le vacarme des turbines couvre ses pensées.
    Français, Américains, peu importait.
    Il est vivant.
    Il reverrait Anne-Lise.

    Assis contre la paroi de l’hélico, encore sonné, il tourne la tête vers l’homme en noir.
    — « Mais… qui êtes-vous ? » crie-t-il pour couvrir le bruit.
    Aucune réponse.

    L’homme en noir reste immobile, le regard fixé vers l’extérieur, comme si Keller n’existe pas.

    Le mécanicien de bord avec un sourire en coin, secoue la tête :
    — « Il dira rien. Il ne dit jamais rien. »
    Puis, en haussant la voix :
    — « C’est comme ça… C’est notre NIGHT. »

    Keller sent son cœur se serrer.
    Il détaille SON héros.
    Sur son épaule droite, un écusson vert olive frappé du drapeau français.
    Sur l’autre, un insigne étrange : un carré noir marqué de deux points rouges, semblables à des yeux de démon qui brillaient à la lumière du cockpit.

    Alors Keller voit, juste sous la lumière rouge de la cabine, une bande patronymique fixée à son gilet.
    Un seul mot, en lettres capitales :

    NIGHTWISH


    Fin de l’anecdote “Il…”


    Cette histoire est une fiction inspirée de contextes réels.
    Elle a été imaginée et rédigée par Raulgarth, avec l’appui de Sergent-Chef Marcel1 pour la correction, la documentation et la réflexion narrative.

    Un remerciement particulier à Louis-Xavier BABIN-LACHAUD pour ses conseils et son accompagnement.



    A suivre :

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    Histoires Annexes :



    1. ChatGPT de OpenAI ↩︎

    Afghanistan, 06 septembre 2007 — 17h Dans une vallée désertique, une route serpente.Trois pick-up roulent à vive allure. À l’arrière de celui du centre, John Keller, jeune agent de la CIA.Mains attachées. Visage tuméfié.Autour de lui, des hommes armés crient en arabe et en pachtoune, rient, le bousculent du canon de leur AK-47. La tête…