La naissance
Le soleil est à son zénith. L’air des montagnes du Wardak descend dans la vallée. La fourche-bêche en main, Hassan se redresse.
Des cris de joie se font entendre dans son village, un cri, un pleur, il est grand-père !
Azim attend son premier enfant.
Hassan se hâte, abandonne l’outil et marche à grands pas vers la maison familiale.
Sa femme, Maliha, accompagné de Azim et de Latif, sort avec un nourrisson dans les bras.
— « C’est un fils… Béni soit Allah ! »
Hassan, fou de joie, prend l’enfant contre lui. Les larmes lui montent aux yeux et roulent sur ses joues.
Autour du bâtiment, tous les voisins saluent ce jour où le divin s’est penché sur cette famille !
Azim lance un regard à son père. C’est à lui de donner le nom. Hassan observe le nouveau-né, puis murmure :
— « Sami… Par Allah, tu t’appelleras Sami »
*****
Une vie paisible
Les jours passent. Hassan est aux champs avec ses fils, ils grattent la terre autour des plants.
Hassan guette l’arrivée du Mirab. Grâce à Latif, il aura plus d’eau cette saison.
Latif passe ses soirées à réparer les canaux d’irrigation ; il ne peut pas voir un champ manquer d’eau sans intervenir.
Azim, lui, obéissant et sérieux, gère de mieux en mieux la ferme. C’est lui qui en héritera un jour.
Dans le village, on respecte cette famille.
Elle n’est pas la plus riche… mais c’est la plus active.
*****
Maliha apporte l’eau et quelques gâteaux secs. Elle prépare le thé sur le petit brasero, pendant que les trois hommes mangent et parlent des champs, des semences, des récoltes à venir.
Hassan, entre deux phrases, lui lance des regards furtifs. Ses yeux sont pleins de fierté… pleins d’amour pour celle qui l’a suivi dans les montagnes, quand les Russes envahissaient le pays.
À cette époque, ils n’étaient que des adolescents, sans avenir défini, jetés dans la tourmente.
Les coups d’État, l’armée étrangère brûlant les villages, détruisant les routes. Puis vint l’appel des Moudjahidines… et la fuite, dans le froid et la faim.
*****
Azim tend un verre et un gâteau à sa mère. Les souvenirs lui reviennent : son enfance dans les grottes, le froid, la faim. Puis le retour à la normalité… Les Russes étaient partis, et son frère Latif était né.
Son père avait décidé de quitter la guerre. Malgré les tensions, il avait juré de ne plus prendre les armes : désormais, il voulait s’occuper de sa famille, puisque l’ennemi extérieur n’était plus là.
Parfois, d’anciens combattants de passage viennent saluer Hassan. Ils lui serrent la main avec respect, entre hommes qui ont survécu.
Azim pense alors à Zahra, sa femme, et à Sami, son fils. Un sourire lui vient : il revoit Latif embrasser la fille du voisin… et se faire surprendre par sa mère de celle-ci. Le scandale avait éclaté dans la maison, suivi de l’annonce du mariage.
Il en rit encore. Il n’a pas fait mieux, lui aussi avait reçu des coups de bâton de son beau-père pour avoir embrasser Zahra. Mais il est heureux pour son frère. Latif allait se marier.
*****
Le jour où Latif…
Le vieil homme du village, veuf depuis des années, avance lentement, guidant son mulet lourdement chargé.
Au carrefour, des militaires étrangers ont installé un check-point.
L’un d’eux lui fait signe de s’arrêter.
Mais le vieil homme, presque aveugle et sourd, ne comprend pas les ordres. Il continue d’avancer. Le soldat épaule son arme.
Latif le voit. Il se met à courir, criant :
— « Stop ! Stop ! »
Il rejoint le vieillard et lui saisit les mains, pour le retenir avant qu’il n’avance plus loin…
Il se retourne vers les militaires, les mains levées, bien visibles. Il crie en pachtoune, tente de calmer la situation.
Le soldat hésite… baisse son arme.
Une rafale éclate.
La mitrailleuse, sur le 4×4, fume encore.
Latif, le vieil homme et le mulet s’effondrent.
Le sang coule, lentement, des plaies ouvertes.
D’abord figés, les militaires se mettent en position, crient entre eux pour comprendre ce qui vient de se passer. Le chef saisit sa radio, ordonne le repli.
Les deux 4×4 redémarrent, soulèvent un nuage de poussière, puis disparaissent en direction de Kaboul.
Le soleil d’Afghanistan reste là, face aux yeux ouverts de Latif.
Une brise légère tente de le réveiller — mais la Mort a déjà fait son œuvre.
C’est le jour où Latif n’est plus.
*****
Une vie brisée
Hassan entend les coups de feu.
Des femmes, des enfants courent vers lui, crient, pleurent.
Il distingue des mots : Latif… mort…
Il appelle Azim.
Ils courent vers le carrefour.
Une masse énorme gît au sol — le mulet, renversé avec son chargement.
Des gens sont penchés, on distingue un vieil homme à terre.
Hassan s’arrête. Ses yeux s’écarquillent.
Azim freine à son tour, regarde son père, voit son visage se décomposer.
Il tourne la tête.
Son frère.
SON frère.
Allongé sur le sol.
Une femme en pleurs lui caresse le visage.
Il est mort.
SON frère est MORT.
*****
Hassan et Azim portent le corps de Latif jusqu’à la ferme.
Maliha hurle.
Zahra pleure.
Sami, le bébé, crie.
Le village se tait. Il se couvre de deuil.
Latif est enterré parmi les ancêtres.
La vie ne revient pas.
Le chagrin prend les âmes, comme le destin prend ses pantins.
Maliha ne mange plus.
Elle ne boit plus.
Elle ne dort pas.
Elle n’accepte pas.
Au troisième jour, malgré les prières et les mains qui la retiennent, elle s’éteint.
Hassan pleure.
Crie.
Hurle.
Azim cherche un coupable.
Il interroge. Il supplie. Il écrit, avec l’aide de l’Imam, au gouverneur.
Rien.
On le laisse avec sa peine.
Il a du mal à assister à l’enterrement de sa mère. Sa colère grandit.
*****
Deux mois passent. Azim reçoit des informations d’un cousin qui vit à Kaboul.
L’unité coupable, The Best Unit, mandatée par la CIA, est officiellement renvoyée aux États-Unis pour faute lourde. Dans les faits, elle est simplement dissoute, puis reformée sous un autre nom, sans la moindre sanction. Et elle est déjà de retour.
Un matin, des hommes armés arrivent au village. CIA ! Ils promettent de l’argent en échange d’aide contre un seigneur de guerre local.
Azim demande à son père de venger Latif. Hassan est fatigué.
Un jeune Américain, tenant un petit livret de traduction, s’avance vers lui et lui parle en pachtoune, hésitant, avec un très mauvais accent. Il dit vouloir être ami. Une idée germe dans la tête d’Hassan : il invite l’homme à boire le thé.
À la grande surprise d’Azim, son père affirme avoir perdu sa femme dans un accident de montagne. Son père ment. Il raconte tout : le nombre de combattants rebelles, les caches, propose même une aide militaire.
Azim est stupéfait. Une fois les Américains partis, il interpelle son père :
— « Mais que fais-tu ? Ils ont tué Latif, et toi tu les aides ? »
— « Calme ta colère et écoute. »
Hassan lui explique son plan de vengeance. Le seigneur de guerre est un truand sans scrupule : il tue, il viole. Le voir disparaître ne pose pas problème à Hassan. Il propose de tendre un piège, de frapper fort.
Azim écoute et approuve. Il reconnaît en son père la ruse dont les anciens parlaient : il doit lui faire confiance.
Pendant deux longues années, Hassan et Azim forment, à l’insu des étrangers, un petit mouvement : Harakat al-Jihad al-Islami fi Khorasan.
Le groupe frappe d’abord la chaîne de soutien locale, les informateurs, les soldats de l’armée nationale.
Son nom commence à circuler. On le craint.
Hassan et Azim prouvent leur bonne volonté et persuadent Keller de se rapprocher d’eux. Le jeune homme ne comprend pas qu’il marche dans un piège.
Frapper directement The Best Unit reste impossible.
Alors, par défaut, ils choisissent Keller comme cible.
*****
Le jour du piège
Le matin se lève. Les hommes sont déjà prêts.
Le père et le fils parlent à l’écart.
— « Mon fils, tu ne viens pas. »
— « Mais pourquoi ? »
— « Si ça tourne mal, tu dois rester à la tête du groupe. Continue le combat. Même si je dois mourir aujourd’hui. »
— « Non, père… tu ne peux pas… Je ferai quoi sans toi ? »
— « Azim. Tu as toujours su faire ce qu’il fallait. Tu es l’héritier de notre famille. N’oublie pas que nous sommes là pour Latif… même si les coupables courent encore. Je suis fier de toi. »
À contrecœur, Azim prend le reste du groupe et part vers les montagnes.
Hassan, et son équipe, descendent vers Kaboul.
Latif, ta vengeance est en marche !

Fin de l’histoire « Hassan et ses fils »
Cette histoire est une fiction inspirée de contextes réels.
Elle a été imaginée et rédigée par Raulgarth, avec l’appui de Sergent-Chef Marcel1 pour la correction, la documentation et la réflexion narrative.
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- ChatGPT de OpenAI ↩︎

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